Il suffit de jeter un coup d’œil à l’agenda des sorties cinéma de l’année pour se rendre compte qu’enfin, les femmes s’arrogent une bonne partie des projets les plus excitants.

Après une année 2017 difficile, les femmes d’Hollywood relèvent fièrement la tête. Le début d’année sonne comme une révolte de la gent féminine : création du mouvement Time’s Up, nomination de Cate Blanchett comme présidente du jury du 71ème Festival de Cannes (la 12ème femme seulement à avoir cet honneur) puis triomphe aux Golden Globes lors d’une cérémonie entièrement acquise à leur cause. Tout cela n’effacera pas des années de mépris, d’objectification, de harcèlement et même de viol, pratiques déplorables symbolisées par l’éclatement de l’affaire Weinstein. Mais c’est le signe qu’en 2018, les femmes d’Hollywood ne s’en laissent plus compter.

Vous pouvez retrouver toutes les dates de sortie des films cités ici dans l’agenda 2018 de Serial Ciner.

Elles vont cogner

Le monde des super-héros a longtemps relégué les femmes au second plan (pauvre Black Widow qui attend toujours son film). Le succès de Wonder Woman pourrait faire bouger les choses, en attendant Miss Marvel en 2019. D’ici là, on peut se réjouir cette année de l’introduction d’une nouvelle super-héroïne chez Marvel. La Guêpe, incarnée par l’ancienne de Lost, Evangeline Lilly, épaulera en effet Ant-Man, l’homme-fourmi, dans le bien-nommé… Ant-Man et la Guêpe.

Super-héros toujours avec X-Men : Dark Phoenix, qui clôt la nouvelle trilogie des mutants. Comme en 2006 dans L’Affrontement Final, les protégés du professeur Xavier devront faire face aux pouvoirs déchaînés du Phénix, alias Jean Grey, alias Sophie Turner, alias Sansa Stark de Game of Thrones.

Ce n’est à proprement parler une super-héroïne, mais Alita (Rosa Salazar) a de bonnes chances de s’imposer comme l’héroïne féminine de l’année. Robert Rodriguez (Machete, Sin City) adapte le manga Gunnm, histoire d’un cyborg, doté du corps d’une adolescente, qui doit lutter pour survivre dans un monde apocalyptique. Avec son héroïne badass et son style excentrique, Alita : Battle Angel est le projet le plus excitant de 2018.

Moins excitant mais néanmoins digne d’intérêt, Proud Mary met en scène une tueuse à gages incarnée par Taraji P. Henson (Les Figures de l’Ombre), un rôle d’ordinaire réservé aux hommes. Signe que les temps changent, le même jour sortira un autre film d’action avec Bruce Willis (Death Wish), mais ça sent le réchauffé et on préférera Proud Mary.

Elles sont les héroïnes

Après les deux films du début des années 2000 avec Angelina Jolie, Lara Croft fait son retour sur grand écran. L’archéologue aventurière, désormais incarnée par Alicia Vikander, repart de zéro dans le sobrement nommé Tomb Raider. Le film s’inspire du côté plus survival des derniers jeux vidéo mettant en scène l’héroïne, au prise avec la secte de la Trinité.

Dans un autre style, en 2014, le réalisateur Alex Garland prenait le 7ème art par surprise avec son premier film, Ex Machina, une petite pépite SF avec un des plus beaux cyborgs de l’histoire du cinéma (interprétée par une certaine… Alicia Vikander). Le cinéaste revient cette année avec Annihilation, projet très intriguant qui verra Natalie Portman chercher son mari dans une zone coupée de toute civilisation et entourée de mystères. Sacré trip psyché en perspective.

De recherche d’une personne disparue (un père cette fois) dans un monde étrange, il sera aussi question dans Un raccourci dans le temps, ambitieuse production Disney sous la forme d’un « blockbuster d’auteur ». En effet, la réalisation a été confiée à Ava DuVernay, réalisatrice engagée de Selma. Un choix audacieux qui se ressent sur le casting, essentiellement féminin, de la jeune héroïne jouée par Storm Reid, aux trois déesses incarnées par Oprah Winfrey, Reese Witherspoon et Mindy Kaling.

Initialement, Disney devait aussi sortir en fin d’année l’adaptation live de Mulan. Ce sera finalement pour 2019 et c’est un film inattendu qui prend sa place : Casse-Noisette et les Quatre Royaumes. Adaptation du conte allemand qui a inspiré le célèbre ballet, le film raconte l’aventure de Clara (Mackenzie Foy), plongée dans un monde féérique (oui, comme Alice au Pays des Merveilles). Aidée par un soldat et des fées (dont Keira Knightley), elle devra affronter la tyrannique Mère Ginger (Helen Mirren).

A voir le bashing (mérité) du SOS Fantômes version 2016, rebooter une saga masculine avec un casting féminin semble plutôt risqué. Mais cela n’a pas effrayé Warner qui a chapeauté Ocean’s Eight, spin-off de la saga Ocean’s Eleven. Cette fois, c’est Debbie Ocean (Sandra Bullock), la sœur de Danny (George Clooney), qui met au point un casse audacieux. Pour mettre son plan à exécution, elle s’entoure d’un sacré casting : Cate BlanchettHelena Bonham CarterAnne HathawayRihanna, Sarah Paulson, Mindy Kaling et Awkwafina.

Enfin, oubliez Megan Fox et Rosie Huntington-Whiteley, traitées comme des poupées. Oubliez les muscles sans cervelle de Mark Wahlberg. En 2018, la nouvelle héroïne de la saga Transformers est une jeune fille. Dans le prequel-spin-off Bumblebee, c’est Hailee Steinfeld (vue dans True Grit) qui découvre le fameux Autobot jaune. Ça ne sous promet pas forcément un grand film (sûrement pas même), mais l’évolution de l’héroïne n’est pas anodine.

Elles se cherchent une place

Jésus est une figure bien connue des cinéphiles qui ont toujours en mémoire La Dernière Tentation du Christ, La Passion du Christ, et autres films sur sa vie. Après Willem Dafoe et Jim Caviezel, c’est le grand Joaquin Phoenix qui portera les doutes de Jésus à l’écran. Mais cette fois, Marie Madeleine racontera l’histoire du point de vue de la femme qui l’accompagnait (Rooney Mara, qui succède à Barbara Hershey et Monica Bellucci). Un twist pour une nouvelle approche du personnage de Jésus.

Lady Bird est LE film indé de l’année, plébiscité par les critiques américains (99% sur Rotten Tomatoes !). Réalisé par l’actrice Greta Gerwig, il narre le récit initiatique de Christine (Saoirse Ronan, récompensée aux Golden Globes et qui confirme son statut de valeur montante à Hollywood), une jeune femme qui rêve de quitter le foyer familial très strict à Sacramento pour aller étudier à New York.

Il n’y a pas que les blockbusters qui ont droit à des remakes. A Star is Born est ainsi la troisième adaptation d’Une étoile est née, sorti e 1937, histoire d’une jeune femme naïve (Janet Gaynor, Judy Garland puis Barbara Streisand) prise sous son aile par un artiste alcoolique sur le déclin. Mais cette fois, ce n’est plus d’acteurs qu’il est question mais de chanteurs. Pour sa première réalisation, Bradley Cooper déplace l’histoire dans le milieu de la country et fait briller Lady Gaga pour son premier « vrai rôle » au cinéma (initialement dévolu à Beyoncé).

Elles en font baver aux hommes

L’année a commencé fort pour les actrices avec la performance XXL de Jessica Chastain dans Le Grand Jeu. La flamboyante rousse incarne Molly Bloom, ancienne skieuse qui s’est imposée comme la reine des parties de poker underground réservées aux VIP. Pour cela, elle a dû s’imposer dans un univers essentiellement masculin. Autre mondes longtemps dominés par des hommes : le journalisme et la politique. Deux sphères qu’a finalement fait plier Katharine Graham, première femme à la tête du Washington Post, interprétée par Meryl Streep dans le Pentagon Papers de Steven Spielberg.

Déjà honoré du Golden Globe du meilleur film dramatique, Three Billboards – Les Panneaux de la Vengeance fait office de favori pour les Oscars. L’histoire de cette mère en colère (Frances McDormand) après le meurtre irrésolu de sa fille et qui s’en prend sans retenue à la police locale a séduit les critiques et s’annonce déjà comme un des grands films de l’année. Un portrait de femme forte qui se révolte à grand bruit à défaut d’être écoutée quand elle parle, la ressemblance avec la situation à Hollywood est frappante…

« Si tu lui donnes cette liberté, elle pourrait se rebeller » : l’avertissement réac’ donné par un des protagonistes masculins de How to talk to girls at parties résume également assez bien la situation actuelle à Hollywood. Pourtant, le film a été présenté à Cannes en mai dernier, avant le scandale Weinstein. Un an après, il nous est enfin donné de voir cette romance punk, située en 1977, entre trois jeunes Britanniques et des femmes mystérieuses qui vont leur donner du fil à retordre, notamment l’étrange Zan (Elle Fanning) et la charismatique Reine Brodicea (Nicole Kidman).

Elles cassent les codes

Les amateurs de patinage artistique se rappellent sans doute de l’affaire Harding-Kerrigan. Peu avant les Jeux Olympiques de 1984, la patineuse Nancy Kerrigan est agressée et blessée au genou. Très vite, l’enquête met en cause les proches de sa rivale Tonya Harding. Mais était-elle elle-même impliquée ? Moi, Tonya revient sur cette affaire qui avait choqué l’Amérique, avec une Margot Robbie épatante en athlète légèrement psychopathe.

Margot Robbie que l’on retrouvera dans Mary Queen of Scots, drame historique réalisé par Josie Rourke. Elle y tiendra le rôle d’Elisabeth Ière d’Angleterre, confrontée aux velléités de pouvoir de sa cousine Marie Stuart, reine d’Écosse (Saoirse Ronan, encore elle). Cette dernière sera au cœur de l’histoire qui retracera la courte vie de la monarque catholique, exécutée à 24 ans. Un récit dominé par les femmes au Moyen-Âge, ça fait longtemps qu’on avait plus vu ça.

Femme (très) forte toujours : tout le monde connaît Wonder Woman. Mais qui sait que l’histoire de son créateur William Moulton Marston est aussi fascinante voire plus ? Fin psychologue, inventeur du détecteur de mensonges et écrivain, il cachait lui aussi un secret : Marston (Luke Evans) vivait avec sa femme Elizabeth (Rebecca Hall) et son amante Olive (Bella Heathcote) dans une sorte de relation libre. Ce sont justement ces deux femmes qui ont inspiré son héroïne, histoire que se propose de raconter My Wonder Women.

Et ont finit ce tour d’horizon avec Pablo Escobar, devenu une star à Hollywood ces dernières années. On ne compte plus les projets qui se montent autour du fameux narcotrafiquant. Dernier en date : Loving Pablo, film espagnol qui aborde le mythe à travers l’histoire d’amour entre Pablo Escobar (Javier Bardem) et la journaliste Virgina Vallejo (Penelope Cruz, mariée à Bardem à la ville), entre 1982 et 1987. Là encore, un point de vue inédit et intéressant.

Dans les séries aussi !

Sur le petit écran aussi les femmes ont une place à part cette année. Injustement sous-exploitée dans The Defenders, Jessica Jones (Krysten Ritter) a droit à une deuxième saison en solo. Tant mieux car la détective alcoolique est l’une des héroïnes Marvel les plus intéressantes.

Autre retour, celui d’Offred (Elizabeth Moss), alias la servante écarlate de The Handmaid’s Tale. La première saison avait secoué le petit monde des séries TV. La seconde devrait mettre en scène, espérons-le, la rébellion tant attendue des servantes maltraitées.

Après Big Little Lies, série hautement féminine avec Nicole Kidman, Reese Witherspoon et Shailene Woodley, Jean-Marc Vallée réalise une nouvelle série : Sharp Objects, adaptation d’un roman de Gillian Flynn, auteure de Gone Girl. L’histoire : Camille, une journaliste mentalement instable (Amy Adams) revient dans sa ville natale pour enquêter sur le meurtre de deux petites filles, sous le regard acéré de sa mère (Patricia Clarkson) et de ses proches.