Eastwood rejoue l’attentat du Thalys, un vrai héros noir et un imposteur blanc, le conte lyrique de Del Toro en route pour les Oscars, la dernière de Daniel Day-Lewis et pour finir un duel de pépites indés US : le programme de février est chargé !

Stronger

15 avril 2013. Jeff Bauman se fraye un chemin dans la foule massée aux abords de la ligne d’arrivée du marathon de Boston. Il attend l’arrivée de son ex-petite amie, recroisée il y a peu et qui court afin de lever des fonds pour son hôpital. Au moment où elle coupe la ligne, une bombe contenant des clous explose près de Jeff. Transporté aux urgences, il survit mais ses deux jambes sont amputées au dessus du genou. A son réveil, il donne une description du terroriste et devient un héros. Jeff doit concilier cette soudaine médiatisation et son lent apprentissage de la vie sans ses jambes.

Année après année, l’attentat qui a ensanglanté le marathon de Boston en 2013 prend sa place dans l’histoire du cinéma. En 2016, les tragiques événements avaient déjà été reconstitués par Peter Berg pour Traque à Boston, dans lequel un policier (Mark Walhberg) pistait les frères Tsarnaev. Moins porté sur l’action et le patriotisme, Stronger met en lumière la difficile reconstruction des victimes avec un Jake Gyllenhaal touchant de fragilité. Sortie le 7 février.

Le 15h17 pour Paris

Terrorisme toujours avec une tentative d’attentat raté cette fois. Le 21 août 2015, dans une France encore sonnée par les attentats de janvier mais pas encore meurtrie par ceux de novembre, trois Américains vont devenir des héros nationaux. Trois amis d’enfance, un étudiant et deux militaires, en voyage en Europe prennent le Thalys pour Paris. A bord, ils vont neutraliser un terroriste armé d’une kalachnikov et sauver les passagers d’un carnage.

Mais quelle mouche a piqué Clint Eastwood ? Pour rejouer l’attentat raté du Thalys, le légendaire réalisateur aurait pu se contenter d’une mise en scène classique. Mais non. Ce bon vieux Clint a décidé de faire jouer leurs propres rôles aux trois véritables héros de l’affaire : Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone. Un mélange des genres qui penche autant vers le réalisme morbide que vers le geste fou de cinéma. Aussi glauque qu’excitant. Sortie le 7 février.

Jusqu’à la garde

Miriam et Antoine divorcent et c’est devant le juge que se joue la garde de leur fils Julien. Dans un premier temps, elle accorde à Antoine une garde alternée. Mais son ex-femme l’accuse de violences envers elle et ses enfants. Partagé entre sa mère abattue, son père imprévisible et sa sœur trop détachée, Julien se retrouve au cœur d’un conflit familial qu’il n’a pas choisi et qui peut dégoupiller à tout moment.

Une moyenne de 4,3/5 sur 25 critiques : à l’exception des Cahiers du cinéma, tous les critiques de France ont été soufflés par Jusqu’à la garde. Derrière ses allures de drame familial ressassé maintes et maintes fois, le premier film de Xavier Legrand est plutôt conçu comme un thriller étouffant. Les versions s’affrontent et la tension monte petit à petit. Un exercice pas évident sur un sujet très sensible mais dont le réalisateur se sort avec les honneurs. Sortie le 7 février.

Le retour du héros

Nous sommes en 1809 et la France vient de déclarer la guerre à l’Autriche. Pauline s’est éprise du capitaine Neuville mais celui-ci part au front en lui promettant de lui écrire tous les jours. Ce qu’il ne fait absolument pas. Pour éviter que Pauline ne s’inquiète, son amie Elisabeth écrit de fausses lettres qui se terminent par la mort en héros de Neuville. Sauf qu’il est bien vivant et de retour après trois ans, sale, lâche et bien décidé à profiter de l’imposture inventée par Elisabeth.

Grâce à Brice de Nice et les deux OSS 117, Jean Dujardin est irrémédiablement perçu par le public comme un acteur comique. Pourtant, sa filmographie récente dit tout l’inverse. Depuis Rio ne répond plus (2009), Dujardin a trouvé ses meilleurs rôles dans des drames (Les petits mouchoirs, Le bruit des glaçons, The Artist, La French…). Ses récents essais dans des comédies se sont au contraire révélés plutôt laborieux, que ce soit dans l’étrange Brice 3 ou le nanar-concept Un homme à la hauteur. Malgré l’échec de ce dernier, il retrouve le réalisateur Laurent Tirard pour cette histoire d’imposture en costumes. Allez Jean, fais-nous rire ! Sortie le 14 février.

Black Panther

Dans Captain America : Civil War, un nouveau héros faisait son apparition : T’Challa, alias la Panthère Noire. Après avoir vu son père mourir et traqué son assassin aux côtés d’Iron Man & Co, il revient au Wakanda pour succéder à son père sur le trône de ce pays caché au cœur de l’Afrique. Mais son pouvoir est contesté par des factions ennemies et menacé par les intérêts étrangers qui convoitent les gisements d’adamantium (le métal du bouclier de Cap’). Pour unifier son peuple, sauver son royaume et éviter un conflit mondial, la Panthère va devoir sortir les griffes.

Ryan Coogler (Fruitvale Station, Creed) au scénario et derrière la caméra, un casting composé des meilleurs acteurs afro-américains du moment (Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Forest Whitaker, Lupita Nyong’o, Daniel Kaluuya…), une BO signée « Kendrick Lamar & friends » : Black Panther est clairement le projet Marvel le plus excitant depuis de longues années. Et si, enfin, les films de super-héros devenaient politiques ? Sortie le 14 février.

Phantom Thread

On avait laissé Paul Thomas Anderson perdu dans les rêveries sous acide d’Inherent Vice. Trois ans plus tard, le réalisateur des cultes There Will Be Blood et Boogie Nights revient avec Phantom Thread, un film radicalement différent, histoire d’une rencontre dans le Londres des années 1950 entre un couturier star, austère et solitaire, et une jeune femme solaire qui va devenir sa muse.

On pourrait s’attarder sur les raisons qui ont poussé « PTA » a écrire er réaliser un film tout en retenue, lui qui a toujours aimé les personnages expansifs. Mais au fond, on ira surtout voir Phantom Thread pour la dernière apparition au cinéma de l’immense Daniel Day-Lewis. Acteur économe (20 films en 35 ans), pointilliste et habité par ses rôles, « DDL » a décidé de prendre sa retraite à 60 ans. L’homme aux trois Oscars (et pourquoi pas quatre en mars ?) laissera aux cinéphiles des souvenirs indélébiles. Pour moi, ce sera un aigle en guise de pupille et le regard d’un fou noyé dans le pétrole. Sortie le 14 février.

La forme de l’eau

En 1962, en pleine Guerre froide, des scientifiques américains découvrent une étrange créature sous-marine à forme humaine. Elisa, frêle, discrète et muette, travaille comme agent d’entretien au laboratoire. Un jour, elle rencontre l’homme amphibien et tombe amoureuse de lui. Elle décide de le faire échapper, au risque de l’exposer à un monde encore plus dangereux dehors.

De Cronos à Crimson Peak en passant par Hellboy et Le Labyrinthe de Pan, la filmographie de Guillermo del Toro est parcourue par les freaks, les monstres et les marginaux. Un hymne à la diversité qui atteint son apogée dans La Forme de l’eau, sorte de concentré du cinéma du Mexicain binoclard. A la fois histoire d’amour universelle, ode à la diversité, plaidoyer pour les petites gens et comédie musicale fantastique inattendue, le dernier film de Del Toro, Lion d’Or à Venise et favori des Oscars, pourrait bien être son chef d’œuvre. Sortie le 21 février.

Moi, Tonya

Les fans de patinage artistique et d’olympisme se souviennent encore de l’affaire Harding-Kerrigan. Au début des années 1990, deux championnes se disputent le leadership sur les patinoires américaines. Nancy Kerrigan, jeune fille modèle et élégante, et Tonya Harding, plus volcanique mais non moins talentueuse (elle est la première femme à réussir un triple axel en 1991). Quand, peu de temps avant les Jeux olympiques de Lillehammer en 1994, la première est agressée et blessée au genou, l’implication de sa rivale est pour le moins troublante.

Comment raconter une histoire connue de tous sur un sport pas franchement cinégénique ? En se concentrant sur les personnages, leur passé, leurs blessures et leurs motivations. Craig Gillespie a choisi de reconstituer les événements sous la forme d’un faux documentaire, centré sur l’éducation douloureuse de Tonya auprès de sa mère violente et alcoolique. Un double portrait de femmes porté à bout de bras par Margot Robbie et Allison Janney. Sortie le 21 février.

La ch’tite famille

Valentin et Constance forment un couple d’architectes Parisiens renommés. Lors du vernissage de la rétrospective que leur consacre le Palais de Tokyo, la famille de Valentin débarque à l’improviste et révèle le secret qu’il tentait de cacher : il est originaire du Nord ! Renversé par une voiture en sortant, Valentin devient amnésique et retourne vingt ans en arrière, retrouvant au passage son accent ch’ti à couper au couteau. Sa femme va ainsi faire la connaissance d’un autre homme et surtout, de sa famille haute en couleurs.

Depuis Bienvenue chez les ch’tis (2008, dix ans déjà), Dany Boon s’est imposé comme le nouveau maître d’œuvre de la comédie populaire française. Rien à déclarer, Supercondriaque et Raid Dingue ! ont tous attiré plus de 4,5 millions de spectateurs dans les salles. Pour sa sixième réalisation, le natif d’Armentières revient à ses origines ch’ti avec cette comédie familiale calibrée pour cartonner. Sortie le 28 février.

Call me by your name

Italie, été 1983. Elio, ado de 17 ans s’ouvre au monde des sens auprès de ses amis. Mais l’arrivée d’Oliver, un universitaire américain de 24 ans venu vivre dans la villa du père d’Elio, spécialiste de l’art antique, va bouleverser la vision du monde du jeune garçon. Petit à petit, une attirance mutuelle se crée entre l’ado en plein éveil et l’homme tout juste formé.

Personne n’avait vu venir la tornade Call me by your name. Sans acteur majeur au casting (Armie Hammer vous rappellera peut-être quelque chose, et encore…), cette romance éthérée typique du festival de Sundance (« the place to be » des films indépendants) aurait pu passer inaperçue. Mais le sillon tracé par Moonlight, Oscar du meilleur film l’an dernier, et une avalanche de critiques positives ont braqué les projecteurs sur le film de Luca Guadagnino et sa jeune vedette Timothée Chalamet. Sortie le 28 février.

Lady Bird

Christine McPherson est une lycéenne ordinaire de Sacramento. Ni la plus belle (Saoirse Ronan a refusé de maquiller son acné pour le rôle), ni la plus intelligente, elle rêve malgré tout de quitter sa mère et son environnement bigot pour aller vivre dans le gotha culturel de New York. Point de départ d’un road-trip intérieur, celle qui se surnomme « Lady Bird » va apprendre à s’épanouir auprès de ses proches et à distinguer le rêve de la réalité.

Lady Bird est l’autre pépite indépendante qui a secoué les États-Unis en fin d’année dernière. Avec 99% d’avis positifs sur Rotten Tomatoes, le premier film de Greta Gerwig est le plus plébiscité par la critique US depuis Toy Story 3. Un joli succès d’estime qui a permis à cette production à 10 millions de dollars d’engranger 43 millions de billets verts aux États-Unis. Avec en prime un joli buzz pour les Oscars puisque Greta Gerwig est en course pour la statuette de meilleur réalisateur et que Saoirse Ronan est même favorite dans la catégorie meilleure actrice. Sortie le 28 février.