Dans ma boule de cristal, je vois une cérémonie des César sans surprise avec un triomphe pour « Au Revoir Là-Haut » et « 120 Battements par Minute ».

Le gratin du cinéma français a rendez-vous vendredi soir à la Salle Pleyel, à Paris, pour la 43ème cérémonie des César. Sous la houlette de Manu Payet, acteurs, réalisateurs, scénaristes et « techniciens » vont couronner leurs pairs. Avec 13 nominations chacun, 120 Battements par Minute et Au Revoir Là-Haut se positionnent comme les grands favoris de la soirée. Derrière, Le Sens de la Fête (10), Barbara (9) et Petit Paysan (8) sont en embuscade. Quant à Grave (6) et Le Redoutable (5), ils peuvent espérer décrocher une compression dorée. Pour chaque catégorie, je vous livre mon choix du cœur et mon pronostic du vainqueur (petite précision : je n’ai pas vu plusieurs films, à commencer par Grave, Barbara, Jalouse, Le Brio, Patients…).

Meilleur film

Le choix du ❤ : Au Revoir Là-Haut d’Albert Dupontel. Comment rester insensible face à la générosité et la virtuosité d’Au Revoir Là-Haut ? Albert Dupontel adapte avec brio cette histoire d’escroquerie sur fond de drame familial au retour de la Grande Guerre. Un film qui mêle avec élégance et subtilité l’enthousiasme des jours insouciants et la noirceur des nuits redoutées. Un chef d’œuvre ? Peut-être bien. En tout cas, on n’avait pas vu un film français de ce calibre depuis belle lurette.

Le favori 🙌 : 120 Battements par Minute de Robin Campillo. Il y a eu le choc à Cannes, les larmes d’Almodovar, la pluie de critiques élogieuses et enfin le joli succès en salles (800 000 spectateurs). La belle histoire de 120 Battements par Minute devrait logiquement se terminer en apothéose aux César. Mérité pour ce film déchirant, chargé d’émotions individuelles qui deviennent collectives par leur implication psychologique et humaine. Celles qui font battre le cœur plus vite et incitent à réfléchir.

Les autres nommés 👋 : BarbaraLe Brio, Patients, Petit Paysan et Le Sens de la Fête.

Meilleur réalisateur

Le choix du ❤ : Michel Hazanavicius pour Le Redoutable. Les chances qu’il reparte avec la sculpture sont minces. Pourtant, récompenser Michel Hazanavicius n’aurait rien du hold-up. Comme La Classe Américaine, les OSS 117 et The ArtistLe Redoutable est un formidable pastiche, cette fois du cinéma de Godard. Voix off, regards caméra, textes écrits sur les murs, chapitrage et même réflexions méta : tout le cinéma de « JLG » est là, ranimé par l’inventivité d’Hazanavicius.

Le favori 🙌 : Albert Dupontel pour Au Revoir Là-Haut. La magie d’Au Revoir Là-Haut ne serait pas complète sans la maestria de Dupontel. Avec sa caméra virtuose et virevoltante, il s’autorise toutes les libertés. Ça commence dès le plan d’ouverture avec un travelling aérien malicieux au-dessus du champ de bataille et ça continue pendant deux heures. Plongées, contre-plongées, travellings latéraux, avant et arrière, plan aériens et sous-terrains : le 6ème long-métrage de Dupontel est un rollercoaster visuel.

Les autres nommés 👋 : Robin Campillo (120 Battements par Minute), Mathieu Amalric (Barbara), Julia Ducournau (Grave), Hubert Charuel (Petit Paysan) et Éric Toledano et Olivier Nakache (Le Sens de la Fête).

Meilleur scénario original

Le choix du ❤ : Claude Le Pape et Hubert Charuel pour Petit Paysan. Il eut été facile de faire un drame social à la française, bien déprimant, pour mettre en lumière le quotidien difficile des agriculteurs. Mais les auteurs de Petit Paysan ont eu la bonne idée de faire doucement glisser leur film vers le thriller. Ou quand l’amour d’un éleveur pour ses vaches l’amène au bord de la folie. En plein Salon de l’Agriculture, un César pour les paysans, ce serait sympa non ?

Le favori 🙌 : Robin Campillo pour 120 Battements par Minute. Raconter les années Act’Up, oui mais comment ? Campillo s’inspire de son vécu pour écrire un film programmatique. Un petit manuel d’histoire des actions coup de poing de l’époque qui laisse ensuite la place à une délicate histoire d’hommes et de femmes en souffrance et qui tentent de vivre malgré tout. Terrible mais beau.

Les autres nommés 👋 : BarbaraGrave et Le Sens de la Fête.

Meilleure adaptation

Le choix du ❤ : La Promesse de l’Aube – Éric Barbier et Marie Eynard, d’après le roman La Promesse de l’Aube de Romain Gary. On le sait, adapter un roman demande de faire des choix. Pour cette nouvelle version cinéma de l’autobiographie de Gary, les deux auteurs ont fait les bons. Le récit, étalé sur plus de 25 ans, est parfaitement maîtrisé. Un modèle d’aventure avec rebondissements et moment émotionnels qui s’enchaînent sans accroc. Un régal.

Le favori 🙌 : Au Revoir Là-Haut – Albert Dupontel et Pierre Lemaitre, d’après le roman Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre. Adapter les 576 du Prix Goncourt 2013 avait tout du guet-apens. Finalement, Dupontel, avec l’aide de l’écrivain, s’en sort avec les honneurs. Le réalisateur s’empare avec une habileté déconcertante du matériau littéraire pour le transcrire à l’écran avec la fluidité et l’ingéniosité requises par ce livre exigeant.

Les autres nommés 👋 : Les GardiennesPatients et Le Redoutable.

Meilleur acteur

Le choix du ❤ : Louis Garrel dans Le Redoutable. Je ne suis pas particulièrement fan et c’est sans doute pourquoi je le trouve si bon derrière les lunettes noires de Jean-Luc Godard. Ce n’était pas gagné et pourtant la belle gueule du cinéma français est totalement crédible dans cette incarnation satirique de « JLG ». Maniant avec merveille ironie et sarcasme, à la fois blasé et révolté, Garrel livre une partition inattendue et inoubliable.

Le favori 🙌 : Albert Dupontel dans Au Revoir Là-Haut. L’absence incompréhensible de Nahuel Pérez Biscayart, remisé dans la catégorie Meilleur espoir, place automatiquement son compère du film en favori pour le César du Meilleur acteur. Sous les traits d’Albert, « poilu » prolo et sans emploi fixe, Dupontel livre une prestation toute en retenue, sorte de version affinée de ses habituels brigands chaotiques. La 4ème nomination pourrait bien être la bonne pour Dupontel.

Les autres nommés 👋 : Swann Arlaud (Petit Paysan), Daniel Auteuil (Le Brio), Jean-Pierre Bacri (Le Sens de la Fête), Guillaume Canet (Rock’n Roll) et Reda Kateb (Django).

Meilleure actrice

Le choix du ❤ : Charlotte Gainsbourg dans La Promesse de l’Aube. Si quelqu’un m’avait dit un jour que je souhaiterais voir Charlotte Gainsbourg remporter un César, je lui aurais ri au nez. Je n’ai aucune affection pour elle et son jeu éthéré me laisse souvent de marbre. Tout l’inverse de son interprétation vibrante de la mère de Gary, pasionaria entièrement dévouée à la réussite de son fils. L’accent au couteau peut agacer mais on se laisse emporter par sa fougue.

La favorite 🙌 : Karin Viard dans Jalouse. N’ayant pas vu le film, ce pronostic n’est basé que sur le Globe de Cristal (prix de la presse) remporté par Karin Viard cette année. Dans une catégorie très ouverte, celle qui a déjà deux César sur sa cheminée (2000 pour la meilleure actrice et 2003 pour un second rôle) semble avoir une légère avance sur ses concurrentes.

Les autres nommées 👋 : Juliette Binoche (Un beau soleil intérieur), Jeanne Balibar (Barbara), Emmanuelle Devos (Numéro Une), Marina Foïs (L’Atelier) et Doria Tillier (Monsieur et Madame Adelman).

Meilleur acteur dans un second rôle

Le choix du ❤ : Antoine Reinartz dans 120 Battements par Minute. Un choix un peu par défaut mais avec conviction tout de même. Face à la fougue de Nahuel Pérez Biscayart et Adèle Haenel, Antoine Reinartz incarne l’autre face d’Act’Up. Moins combatif que ses camarades, Thibault se positionne en « vieux sage » mais a bien du mal à se faire entendre, d’autant plus que la maladie le grignote de l’intérieur. Une composition nuancée.

Le favori 🙌 : Laurent Lafitte dans Au Revoir Là-Haut. Encore un acteur que je ne porte pas spécialement dans mon cœur. Mais au vu de la concurrence très limitée, il semble le mieux placé pour accrocher une première compression à son palmarès. Il faut reconnaître qu’il est très convaincant dans son rôle du perfide lieutenant Pradelle, déterminé à faire tomber Albert Maillard.

Les autres nommés 👋 : Niels Arestrup (Au Revoir Là-Haut), Gilles Lelouche et Vincent Macaigne (Le Sens de la Fête).

Meilleure actrice dans un second rôle

Le choix du ❤ : Sara Giraudeau dans Petit Paysan. Si Swann Arlaud est excellent dans le thriller rural d’Hubert Charuel, c’est en partie grâce à Sara Giraudeau. La sœur de Pierre, vétérinaire et voix de la raison, offre un miroir à la folie qui s’empare petit à petit du jeune éleveur. Avec sa gueule et sa répartie, Giraudeau relance régulièrement l’intérêt pour le film.

La favorite 🙌 : Adèle Haenel dans 120 Battements par Minute. A 29 ans, Adèle Haenel est une autre gueule du jeune cinéma français. Déjà lauréate de deux César en 2014 (second rôle) et 2015 (meilleure actrice), elle pourrait réussir la passe de trois grâce à son interprétation de Sophie, militante révoltée d’Act’Up. Un rôle de battante qui lui va comme un gant.

Les autres nommées 👋 : Laure Calamy (Ava), Anaïs Demoustier (La Villa) et Mélanie Thierry (Au Revoir Là-Haut).

Meilleur espoir masculin

Le choix du ❤ et le favori 🙌 : Nahuel Pérez Biscayart, dans 120 Battements par Minute. Comment l’acteur qui restera comme le visage de l’année peut-il être relégué au rang d’espoir ? A 31 ans, Nahuel Pérez Biscayart a mangé la pellicule dans 120 BPM et Au revoir là-haut, avec ses grands yeux bleus et son air malicieux. Il mériterait amplement le César du meilleur acteur pour le premier mais l’Académie en a décidé autrement. Ce n’est que partie remise…

Les autres nommés 👋 : Benjamin Lavernhe (Le Sens de la Fête), Finnegan Oldfield (Marvin ou la Belle Éducation), Pablo Pauly (Patients) et Arnaud Valois (120 Battements par Minute).

Meilleur espoir féminin

Le choix du ❤ : Lætitia Dosch dans Jeune Femme. A 37 ans, la rousse flamboyante n’est pas une inconnue puisqu’elle a déjà tourné avec Justine Triet, Christophe Honoré et Maïwenn. On la retrouve pourtant elle aussi avec les espoirs pour son rôle de jeune femme sans attache, sans emploi et sans toit mais avec un chat sous le bras. Un rôle détonnant auquel Lætitia Dosch apporte son charme atypique.

La favorite 🙌 : Garance Marillier dans Grave. 18 ans séparent Lætitia Dosch du véritable espoir de l’année. A tout juste 20 ans, Garance Marillier s’est imposée comme la jeune actrice à suivre cette année, dès son premier long-métrage. En incarnant Justine, adolescente végétarienne tentée par le cannibalisme, elle participe avec fracas au renouveau du film de genre français.

Les autres nommées 👋 : Iris Bry (Les Gardiennes), Eye Haïdara (Le Sens de la Fête) et Camélia Jordana (Le Brio).

Mais aussi…

Meilleur premier film : Petit Paysan d’Hubert Charuel ❤ / Grave de Julia Ducournau 🙌

Meilleur film d’animation : Le Grand Méchant Renard et autres contes… de Benjamin Renner et Patrick Imbert

Meilleur film documentaire : Visages, villages d’Agnès Varda et JR

Meilleurs décors : Pierre Renson pour La Promesse de l’Aube

Meilleurs costumes : Mimi Lempicka pour Au Revoir Là-Haut (avec mention ❤ aux masques créés par Cécile Kretschmar)

Meilleure photographie : Vincent Mathias pour Au Revoir Là-Haut

Meilleur montage : Christophe Pinel pour Au Revoir Là-Haut

Meilleur son : Julien Sicart, Valérie de Loof et Jean-Pierre Laforce pour 120 Battements par Minute

Meilleure musique originale : Christophe Julien pour Au Revoir Là-Haut

Meilleur film étranger : Dunkerque ❤ / La La Land 🙌