ANALYSE – La sortie d’Okja, diffusé sur Netflix et financé par Plan B, la société de Brad Pitt, ajoute une nouvelle pierre à la carrière florissante et intelligente de « Brad le producteur ».

Quel est le point commun entre Moonlight, pépite indé récompensée par l’Oscar du meilleur film, et Okja, superproduction internationale passée non sans remous par Cannes ? A part d’être deux des oeuvres les plus marquantes de ce début d’année, ce sont aussi deux films financés par Plan B Entertainment, la société de production de Brad Pitt. Deux réalisations acclamées par la critique, représentatives des choix pertinents de l’icône hollywoodienne dès lors qu’il s’agit de financer des projets.

Les deux dernières années ont été particulièrement fructueuses pour Plan B Entertainment. Outre les deux films précédemment cités, la société de Brad Pitt a produit l’acclamé The Lost City of Z (sorti en mars en France), War Machine, une farce militaire starring Brad en personne sur Netflix, The OA, intrigante série de la plateforme de SVOD et enfin Feud, dernière série de Ryan Murphy sur la guéguerre qui opposa les actrices Joan Crawford et Bette Davis en 1962. Une montée en puissance qui tranche avec les débuts de Plan B.

Brad tient les cordons de la bourse

La société a été fondée en 2001 par Brad Pitt, sa femme à l’époque Jennifer Aniston et Brad Grey, producteur de télévision. A l’époque, la société est conçue comme un véhicule devant permettre de produire certains des films de la superstar américaine. C’est chose faite dès la première production de Plan B en 2004, avec Troie, péplum hollywoodien dans lequel Brad Pitt incarne le héros grec Achille. Malgré des critiques moyennes, le film engendre 497 millions de dollars (c’est toujours le deuxième plus gros succès commercial de Plan B) pour un budget de 175 millions.

Plan B en chiffres

En 2005, Brad Grey prend la tête du major studio Paramount Pictures (il l’a dirigé pendant 12 ans, jusqu’à sa mort en mai 2017) et revend ses parts dans Plan B à Brad Pitt. Quelques mois plus tard, Jennifer Aniston divorce de l’acteur et lui cède également ses parts. Depuis, Brad est seul aux commandes en tant que propriétaire et PDG, aux côtés d’une présidente, Dede Gardner.

Des films pour tous les goûts

Depuis 2004, Plan B a produit 25 films pour le cinéma (décompte arrêté à l’année 2017), 4 téléfilms pour HBO et Netflix et 5 séries TV, dont 4 ont été commandées. On l’a vu, le rythme de production a notablement accéléré en 2016. Mais il reste encore minime comparée aux grands studios. Evidemment, Brad Pitt ne cherche pas à se mesurer à eux sur la quantité, personne ne le peut. En revanche, il mise sur la qualité des films qu’il sélectionne.

Plan B Films

La liste des productions Plan B est remplie de noms qui résonnent auprès du grand public (Charlie et la Chocolaterie, Kick-Ass 1 et 2World War Z) et des cinéphiles (Les InfiltrésThe Tree of Life, The Big Short). Brad Pitt et ses associés oscillent ainsi entre blockbusters, souvent avec des castings de stars XXL, et films « auteuristes », avec des budgets plus restreints.

Des choix judicieux financièrement

La sélection en amont des productions porte ses fruits et permet à Plan B de rentabiliser ses investissements la plupart du temps. Au sommet des films les plus rentables trône Moonlight : 1,5 million investi, 27,5 glanés en retour. Soit plus de 18 dollars gagnés pour chaque dollar avancé ! Egalement très rentable, Twelve Years a Slave a rapporté 9 dollars pour chaque billet vert investi. Une bonne partie des films de Plan B ont rapporté a minima le double de leur budget.

Plan B Rentabilité

Quand il y a pertes, elles sont souvent minimes grâce aux budgets serrés. Seuls trois films produits par Brad Pitt n’ont pas remboursé leur budget : L’Assasinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007, -15M$), Vue sur Mer (2015, -6,7M$) et The Lost City of Z (2017, -13M$). Injuste pour le western et le film d’aventure, tous deux ayant des penchants psychologiques qui en font des oeuvres singulières. En revanche, Vue sur Mer est un egotrip du couple Brangelina, sans aucun intérêt.

Des Oscars comme s’il en pleuvait

Au-delà de simple aspect financier, Plan B imprime surtout sa marque dans les cérémonies de récompenses. En mars, Moonlight a rapporté à Brad Pitt et ses associés leur troisième Oscar du meilleur film en seulement 13 ans. Le long-métrage de Barry Jenkins succède à Twelve Years a Slave, récompensé en 2014 et Les Infiltrés, primé en 2007.

Brad Pitt

Au total, les productions Plan B ont été auréolées de 12 Oscars, 4 Golden Globes (dont 2 pour le Meilleur film dramatique), 3 BAFTA et même une Palme d’Or pour The Tree of Life. A ces récompenses majeures viennent s’ajouter des dizaines de prix, statuettes et trophées en tout genre remis dans des cérémonies annexes. Osons une critique (un peu nombriliste) : il manque quand même un César.

Brad, mais pas que…

Fait intéressant : sur les six films ayant reçu au moins une récompense, Brad Pitt joue dans trois d’entre eux mais ne tient le rôle principal que dans The Tree of Life. Un effacement assez logique au vu de l’ensemble des productions Plan B. Sur 29 films, l’acteur n’est mentionné au générique que 11 fois, dont une en tant que narrateur (Voyage of Time, documentaire de Terrence Malick). La dernière fois que Brad Pitt portait la double casquette de producteur-acteur sur un tournage, c’était pour War Machine, diffusé sur Netflix depuis mai.

Plan B avec ou sans Brad Pitt

Plan B a par ailleurs permis l’émergence de plusieurs talents. Avant d’être le gourou de la TV des années 2010, Ryan Murphy (Glee, American Horror Story…) avait réalisé deux films produits par la société de Brad Pitt : le discret Courir avec des ciseaux et le plus connu Mange, Prie, Aime avec Julia Roberts (2010). Plan B a aussi fait confiance à Matthew Vaughn pour réaliser en 2010 Kick-Ass, une parodie des films de super-héros. Un carton qui a permis à Vaughn d’enchaîner (X-Men : Le Commencement, Kingsman) et est d’être désormais considéré comme l’un des princes de la pop culture. On peut également citer Ava DuVernay, peu connue au moment de la sortie de Selma en 2014 mais désormais fer de lance du cinéma politique afro-américain. Un joli casting pour l’écurie Plan B, de plus en plus rutilante à Hollywood.

BONUS : le Top 5 des films Plan B

  1. Les Infiltrés, de Martin Scorsese (2006)
  2. Kick-Ass, de Matthew Vaughn (2010)
  3. The Big Short, d’Adam McKay (2015)
  4. Moonlight, de Barry Jenkins (2017)
  5. The Lost City of Z, de James Gray (2017)