Les quatre protagonistes principaux de la comédie d’action Hitman & Bodyguard ont déjà joué un super-héros (ou un acolyte). Une coïncidence qui va devenir de plus en plus courante.

Mercredi sort en salles Hitman & Bodyguard, un film d’action très cool avec un joli casting. L’histoire : le meilleur garde du corps du monde (Ryan Reynolds) est chargé d’emmener et de protéger un tueur à gage redoutable (Samuel L. Jackson) jusqu’à la Cour pénale internationale pour qu’il témoigne contre un dictateur d’Europe de l’Est (Gary Oldman), mission qu’il mène avec l’aide d’une agente française d’Interpol (Élodie Yung).

Voilà pour le résumé officiel. Mais lors de la sortie de la bande-annonce, des internautes se sont amusés à le réécrire ainsi : « C’est Deadpool qui protège Nick Fury du Commissaire Gordon avec l’aide d’Elektra ». Pour les non-initiés, il s’agit de quatre personnages majeurs présents dans différents films de super-héros, dans l’ordre : Deadpool (2016), Avengers (2012) et le reste de l’univers cinématographique Marvel, Batman Begins et ses suites (2005-2012), et la série Daredevil sur Netflix (2015-…). Une blague qui dit beaucoup sur l’influence du genre super-héroïque à Hollywood.

« Je vois des super-héros partout »

Les quatre protagonistes principaux de Hitman & Bodyguard ont donc interprété un super-héros ou un acolyte de super-héros. Une coïncidence étonnante qui n’en est pas moins logique. En effet, les films de super-héros sont devenus en une dizaine d’années l’alpha et l’omega du cinéma de divertissement. Depuis 2000, début de l’ère moderne du genre avec le premier X-Men, une quarantaine d’aventures super-héroïques ont été produites pour le grand écran. Le rythme est allé croissant : 3 ou 4 films de super-héros par an de 2011 à 2015 puis six en 2016 et 2017.

Super-héros (1)

Avengers au cinéma, Defenders à la TV, les super-héros sont partout.

Depuis cinq ans, les séries TV se sont à leur tour appropriées le genre. Grands networks (Agents of S.H.I.E.L.D. et Agent Carter sur ABC), petits réseaux spécialisés (Arrow, Flash, Supergirl sur The CW) et même Netflix (Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist, réunis dans The Defenders) : tout le monde veut sa part du (gros) gâteau.

Super-héros un jour, super-héros toujours

Forcément, la multiplication des films et séries de super-héros implique d’embaucher toujours plus d’acteurs. La télé mise plutôt sur les jeunes, susceptibles d’incarner le futur de l’industrie hollywoodienne et de remplacer à terme les adultes qui incarnent actuellement les héros au cinéma. Mais même les « vieux de la vieille » se laissent parfois tenter : Glenn Close (Les Gardiens de la Galaxie), Robert Redford (Captain America : Le Soldat de l’Hiver) ou encore Morgan Freeman  (les Batman de Nolan) se sont essayés au genre au crépuscule de leur carrière. Dernière convaincue en date : Sigourney Weaver, qui, à 67 ans, joue l’antagoniste des Defenders sur Netflix.

Super-héros

De 27 à 70 ans, il n’y pas d’âge pour jouer les super-héros.

Si aujourd’hui on en vient à « repitcher » un film en fonction des rôles passés de super-héros des acteurs, c’est parce que certains sont irrémédiablement associés à leur alter-égo héroïque, phénomène particulièrement observable chez Marvel avec la répétition des films. Hugh Jackman (huit fois Wolverine, un record ex-aequo avec…), Robert Downey Jr. (Iron Man), Chris Hemsworth (Thor) et dans une moindre mesure Henry Cavill (Superman) et Gal Gadot (Wonder Woman) sont plus connus pour leurs apparitions dans les films de super-héros que pour le reste de leur carrière.

Quelques acteurs ont même réussi le doublé, à l’instar de Ryan Reynolds (Green Lantern puis Deadpool), de Chris Evans (La Torche Humaine dans Les 4 Fantastiques de 2005, puis Captain America) ou de Michael Keaton qui a joué dans les deux écuries (le Batman de Tim Burton et 28 ans plus tard, le Vautour de Spider-Man : Homecoming).

A chacun sa star

Surtout, la croissance exponentielle des œuvres super-héroïques a forcé les studios et les chaînes de télé à se différencier pour attirer plus de spectateurs que les concurrents. Or, le moyen le plus simple de sortir du lot est encore de convaincre une star de passer une tête, voire d’accepter un rôle récurrent. Résultat, les acteurs plus « exigeants » ont eux aussi succombé à la superhero mania.

Récemment, on a vu Michael Douglas incarner Hank Pym dans Ant-Man (2015) et Tilda Swinton « s’androgyniser » un peu plus en Ancien dans Doctor Strange (2016). En novembre, Cate Blanchett sera la déesse de la mort dans Thor : Ragnarok tandis que Brie Larson, tout juste couronnée d’un Oscar pour Room, s’est engagée pour jouer Captain Marvel (sortie prévue en 2019).

Super-héros (2)

Oui, oui, c’est bien Cate Blanchett sous ce masque…

Donner du clinquant à son film de super-héros en castant une icône du 7ème art n’est toutefois pas une stratégie nouvelle. Dans les années 1980, les longs-métrages qui renouvelaient le genre en s’adressant à un large public avaient régulièrement recours à des acteurs et actrices prestigieux, sorte de caution artistique. Ainsi va de Gene Hackman et Marlon Brando dans Superman (1978), de Peter O’Toole et Faye Dunaway dans Supergirl (1984) et évidemment de Jack Nicholson, déjà lauréat de deux Oscars quand il interprète l’inoubliable Joker du Batman de Tim Burton (1989).

Des collants, une cape et un Oscar

Depuis 2001, 42% des acteurs nommés aux Oscars – dans la catégorie Meilleur acteur – ont déjà joué un rôle dans un film de super-héros (36/85). Parmi eux, 15 ont été nommés après avoir joué dans une franchise super-héroïque, preuve que l’on peut mener de front carrière populaire et carrière dramatique. Cinq acteurs ont même réussi à décrocher la précieuse statuette, dont Jeff Bridges en 2010, deux ans après son apparition dans Iron Man dans l’armure du vilain Obadiah Stane.

Super-héros

En deux ans, Jeff Bridges est passé de l’armure à la statuette (et a récupéré ses cheveux).

Du côté des actrices, toujours depuis 2001, 29% des nommées sont concernées (25/85), dont neuf après avoir joué dans un film de super-héros. Sept femmes ont décroché l’Oscar de la Meilleure actrice dans le même temps, des précurseuses Halle Berry et Nicole Kidman jusqu’aux nouvelles venues Jennifer Lawrence et Emma Stone. L’écart observable entre hommes et femmes aux Oscars est représentatif de la moindre présence des femmes dans les films de super-héros, essentiellement masculins.

Mais l’indicateur des Oscars montre aussi que l’écart tend à se réduire. Ainsi, depuis 2010, 17 nommées ont ou vont jouer dans un film de super-héros, contre 16 de leurs collègues acteurs. Rien qu’en 2017, le rapport était de trois femmes (Emma Stone, Ruth Negga et Natalie Portman) pour un homme (Andrew Garfield, ex-Amazing Spider-Man). A noter que tous les quatre avaient moins de 35 ans lors de la cérémonie et avaient déjà côtoyé les super-héros avant leur nomination.

Acteurs polymorphes

Après cette courte réflexion, deux constats s’imposent. D’abord que la distinction entre acteurs populaires et exigeants est de plus en plus floue. La notion de « choix de carrière » ne veut plus dire grand chose, du moins à Hollywood, à l’heure où acteurs et actrices naviguent sans difficulté entre films de super-héros, comédies plus ou moins déjantées et drames intimistes. Scarlett Johansson est le portrait robot de cette nouvelle génération d’acteurs.

Par ailleurs, rares sont les acteurs et actrices qui échappent encore à l’univers des super-héros. Faites-le test chez vous : pensez à un acteur et regardez s’il a déjà joué dans ce genre de films (n’oubliez pas les vieux films). Pas évident hein… Bien sûr il y en a encore un certain nombre (Hollywood est un « vaste petit monde ») : Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Angelina Jolie, Meryl Streep… Mais pour combien de temps encore ?