Entre les séries qui se poursuivent et les nombreuses nouveautés, l’année aura été chargée sur le petit écran et l’heure est venue de faire le tri. Voici le classement, subjectif, des meilleurs séries de 2017.

Plus que quelques heures avant de basculer en 2018, juste le temps de conclure le bilan de l’année écoulée. Après avoir couronné les meilleurs films et dézingué les pires navets de 2017, place aux séries. Précision de taille : il s’agit du top 10 des meilleures séries que j’ai vues cette année. Faute de temps, beaucoup de nouvelles saisons m’ont échappé (Le Bureau des Légendes, Mr. Robot, Narcos, Big Little Lies…) ; ne vous étonnez donc pas de certaines absences. Ceci étant dit, c’est parti !

10. Zone Blanche, saison 1

Cocorico ! La première série du top est française ! Diffusée sur France 2 en avril, au même moment que la très populaire Dix pour CentZone Blanche n’a pas fait beaucoup de bruit. Sans doute parce que cette série policière s’éloigne trop du genre tel qu’il est conçu pour la télé française. Lorgnant plutôt du côté du « polar d’ambiance », flirtant avec le fantastique et l’angoisse, Zone Blanche bénéficie d’une identité bien affirmée. On s’attache très vite aux habitants de ce village reculé, humide, secret et entouré de sombres forêts. C’est dans ce décor peu amical que les gendarmes locaux doivent résoudre de mystérieuses disparitions. Portée par de bons acteurs et misant à des décors naturels inquiétants, Zone Blanche parie sur la maturité des spectateurs. Plutôt osé pour une série du service public et cela valait le coup d’être salué.

9. Stranger Things, saison 2

On ne change pas une équipe qui gagne. D’une saison à l’autre, les mécaniques de Stranger Things sont restées les mêmes : un labo aux étranges activités, des monstres, des enfants adorables, des adultes solidaires… Autant d’éléments qui donnent un air de déjà-vu à la saison 2. Mais ce n’est pas parce que Stranger Things reste dans son cocon, qu’elle n’évolue pas. Preuve en est cette saison de l’introduction de Max, qui apporte une nouvelle dynamique au groupe de potes, et de l’interaction entre Eleven et le shérif Hopper, surlignant les fragilités de l’une et de l’autre. En résumé, la série se renouvelle à la marge, sans toucher au cœur qui fait son succès. Dans un univers de surenchère, un peu de cohérence, ça fait du bien.

8. The Punisher, saison 1

L’année n’aura pas été de tout repos pour Marvel. La Maison des Idées a lancé trois nouvelles séries sur Netflix en 2017. Manque de bol, les deux plus importantes – Iron Fist puis The Defendersse sont révélées respectivement sans intérêt et sans âme. La lumière est donc venue de l’obscurité, en l’occurrence le très sombre spin-off sur Franck Castle alias le Punisher, qui cherche à venger la mort de sa femme et de sa fille. Pourtant, ce n’était pas gagné, l’entame de la série est longue, bavarde et handicapée par le manque d’alchimie entre les personnages. Et puis un miracle survient. The Punisher s’émancipe des codes des séries Marvel et opère un recentrage crucial sur Franck Castle, anti-héros bestial et abîmé. Dès lors, elle déploie des réflexions intéressantes sur le deuil, le syndrome de stress-post-traumatique et le terrorisme. L’extrême violence du show prend aux tripes et questionne avec intelligence sa pertinence. C’est dans ces thèmes plus matures que The Punisher forge son identité singulière.

7. Game of Thrones, saison 7

Au bout de sept ans, Game of Thrones est un peu devenue une famille. On s’inquiète pour les héros, on se demande ce qu’ils sont devenus, s’ils ont trouvé l’amour, obtenu une promotion (genre roi du Nord)… Et puis on les retrouve et on se laisse prendre par le récit de leurs aventures. Cette septième saison ne déroge pas à la règle, apportant son lot de rebondissements, de batailles épiques, d’intrigues vénéneuses, de morts sanglantes… Seul changement dans la routine de Westeros : le ton. A l’approche de son dénouement, Game of Thrones se mue en blockbuster : le temps s’accélère, l’action domine les enjeux dramatiques, les dialogues sont moins tranchants. Mais peu importe, le plaisir est toujours là et la hype pour l’ultime saison est à son comble. Dire qu’il faut attendre deux ans…

6. Sense8, saison 2

Drôle d’année pour les fans de Sense8, qui ont vu leur série revenir après deux ans d’attente, être annulée dans la foulée par Netflix avant finalement d’obtenir un épisode de clôture prévu pour 2018. On peut comprendre Netflix car cette saison 2 fait du surplace et l’écriture des sœurs Wachowski est parfois maladroite. Mais la décision de couper court n’en reste pas moins regrettable. Car au fond, Sense8 est un tableau splendide, avec des hommes, des femmes, des hétéros, des trans, des gays, des africains, des indiens, des européens, des asiatiques, des américains, des riches, des pauvres, des bons, des mauvais… Bref, le monde, notre monde. Cela peut paraître simpliste et même niais mais afficher une telle diversité à la télévision comme au cinéma est une richesse rare, inestimable et courageuse. D’autant plus qu’il n’y a pas la moindre star à l’écran. Alors on pardonne aux sœurs Wachowski leurs excès de bons sentiments et on se laisse à nouveau emporter par la bouleversante humanité de Sense8.

5. The Handmaid’s Tale, saison 1

À voir les débats qu’elle a engendré et les récompenses qu’elle a accumulé, The Handmaid’s Tale s’impose comme la série événement de 2017. Adaptation d’un roman de science-fiction de Margaret Atwood, elle dépeint le quotidien d’Offred, servante vouée à la reproduction dans un monde rendu stérile par la suractivité humaine. Un récit politique, angoissant et très prenant grâce à une mise en scène brillante (bien que parfois assez suffisante) et une Elizabeth Moss fiévreuse. Série événement oui, mais pas série de l’année (à mon sens) car The Handmaid’s Tale engendre aussi beaucoup de frustration. Le passé géopolitique et le monde extérieur de la série, distillé à petites doses, semble parfois plus intéressant que l’histoire d’Offred. Le potentiel est énorme mais il est pour l’instant trop bridé.

4. Mindhunter, saison 1

David Fincher peut-il rater quelque chose ? Déjà unanimement salué pour chacun de ses films, producteur de la série toute aussi reconnue House of Cards, le réalisateur américain a de nouveau frappé fort cette année avec Mindhunter. Fincher a produit les 10 épisodes (et en a réalisé 4) de cette série retraçant les enquêtes de deux agents du FBI à l’aube du profilage criminel (les excellents Jonathan Groff et Holt McCallany). Dans l’Amérique des années 70, les deux hommes, assistés d’une universitaire, s’entretiennent avec les pires tueurs en série de l’époque. Fincher offre ici une plongée dans l’esprit torturé des serial killers (forcément, Serial Ciner adore) et après une mise en place assez lente, l’atmosphère se fait de plus en plus étouffante. Photo superbe, mise en scène millimétrée, dialogues au couteau : du grand art. La saison 2 s’annonce prometteuse.

3. Future Man, saison 1

A l’heure où les grands dramas passionnent les sériephiles que nous sommes, il est bon de pouvoir se rafraîchir les idées avec des séries courtes, légères et pas prise de tête. Future Man remplit parfaitement ce rôle et même un peu plus. En 13 épisodes de 25 minutes, la bande de Seth Rogen (producteur et réalisateur) livre un des shows les plus drôles et les plus malins de l’année : l’histoire d’un employé de ménage embarqué malgré lui dans un voyage dans le temps par deux guerriers venus du futur afin qu’il sauve le monde.

Vous avez reconnu le pitch du film The Last Starfighter ? Le héros aussi ! Future Man est une série qui joue énormément avec les références de la pop-culture, citant par exemple Terminator à tout bout de champ. Exploitant à fond le décalage entre les soldats du futur et le pauvre Josh qui n’est pas le sauveur attendu ainsi que les possibilités comiques du voyage dans le temps, Future Man ose énormément de choses et en réussit beaucoup, malgré ses moyens limités. On a hâte de voir ce que donnera la saison 2 !

2. Sherlock, saison 4

Sherlock est la preuve qu’on peut faire bien avec peu. En seulement quatre saisons de trois épisodes chacune, la série britannique s’est imposée comme une des plus excitantes de la décennie. Flamme ravivée par la dernière salve d’épisodes qui vient briser la routine policière de Sherlock et Watson. Soudain, la famille et les émotions s’invitent dans leurs enquêtes. Cette saison brise et reconstruit, révèle et fragilise, éloigne et rapproche. Jamais les protagonistes n’avaient été autant secoués jusqu’au plus profond de leur âme.

En élaborant un casse-tête en trois parties, Mark Gatiss et Steven Moffat prouvent une nouvelle fois qu’ils sont de vrais orfèvres de l’écriture. Chaque action implique des conséquences invisibles à l’instant t mais qui seront immanquablement dévoilées un peu plus loin. Chaque rebondissement (et il y en a !) sert un dessein plus grand que le simple effet de surprise. Sans que l’on s’en rende compte, les deux cerveaux de Sherlock tissent la toile de l’histoire et c’est quand on pense en avoir deviné les contours qu’elle se referme sur nous.

1. The Deuce, saison 1

En 2002, les télévores découvraient The Wire, série sur la drogue, les gangs et la misère à Baltimore, devenue immédiatement culte. Au générique, un homme s’est fait un nom : David Simon. Quinze ans et quelques projets « mineurs » plus tard, l’ancien journaliste devenu showrunner revient avec rien de moins que la meilleure série de l’année : The Deuce, portrait d’un coin de New York dans les seventies, entre prostitution, magouilles, mafia et pornographie. Une sacrée leçon de télévision.

On y suit une dizaine de personnages au caractère bien affirmé, du barman Vinnie et son frère jumeau Frankie (James Franco) à Candy, prostituée qui aspire à mieux pour son fils (extraordinaire Maggie Gyllenhaal), en passant par ses collègues travailleuses du sexe, leurs macs et quelques mafieux de seconde zone. Le génie de David Simon, de son complice d’écriture George Pelecanos (déjà à l’œuvre sur The Wire) et des six réalisateurs (dont moitié de femmes) est d’ancrer profondément ces personnages dans le décor.

The Deuce n’est pas une galerie de portrait, c’est un roman qui prend vie. Les conversations, le brouhaha de la ville, les lumières des néons occupent une place au moins aussi importante dans la série que les personnages. C’est somme toute la recette de The Wire, cet aspect quasi-documentaire, presque journalistique, qui consiste à filmer les sujets dans leur environnement. Simple mais brillant, car millimétré et d’une rare subtilité. Si on ajoute à ça l’ambiance délicieusement funky d’un Manhattan des années 70 parfaitement reconstitué, The Deuce touche du doigt la perfection.