CRITIQUE – Wolverine, le plus classe des X-Men, tire sa révérence dans une épopée sombre et brutale, bien qu’un peu maladroite. La fin d’une époque pour Hugh Jackman et les fans du mutant aux griffes métalliques.

Nous sommes en 2029. Plus aucun mutant n’est né depuis 25 ans et l’espèce s’éteint progressivement. A la frontière mexicaine, Logan, alias Wolverine, et le Professeur Xavier se cachent en attendant la mort. L’arrivée d’une fillette douée des mêmes pouvoirs que lui et poursuivie par des mercenaires va obliger Logan à sortir ses griffes en adamantium pour un dernier combat, peut-être bien le plus décisif.

logan

La timeline de l’univers X-Men au cinéma est un exemple à montrer dans toutes les écoles… comme modèle de ce qu’il ne faut surtout pas faire ! En évacuant sans guère d’explications la disparition des mutants, Logan semble justifier sa propre existence un peu vainement. Dommage car cela n’aide pas à rentrer dans l’histoire, qui vaut pourtant le coup d’être racontée. Et d’être vue.

Sombre beauté

En effet, la particularité de Logan est d’être un beau film. Un qualificatif rarement employé pour parler des films de super-héros. James Mangold s’attarde longuement sur les paysages que traversent Wolverine, Xavier et la jeune Laura (X-23), du désert mexicain aux forêts du Dakota du Nord. Cette nature majestueuse, mise en valeur par une très belle photographie, contraste avec les protagonistes, tous défigurés ou « améliorés ».

logan-2

A ce titre, le premier acte est saisissant. Wolverine a vieilli, sa barbe grisonne et son corps est boursouflé par des cicatrices qui ne guérissent plus. Le professeur Xavier est un nonagénaire décharné et sénile qui ne contrôle plus son cerveau. Pour l’empêcher de provoquer des catastrophes, son vieil ami le drogue avec l’aide de Caliban, un mutant albinos, clone de Nosferatu. Trois personnages ravagés par la vie, qui n’appartiennent plus au monde qui les entoure et donnent à Logan des allures de cauchemar. Confirmation que ce n’est pas un film de super-héros comme les autres.

Vaine brutalité

L’autre argument de Logan, c’est sa brutalité. L’interdiction aux moins de 17 ans aux États-Unis permet d’exploiter pleinement le potentiel destructeur de Wolverine. Les combats sont plus bestiaux que jamais. Ça tranche, ça transperce et ça décapite à tout va. Ce festival sanglant traduit paradoxalement toute la vacuité de cette violence qui poursuit Logan et dans laquelle il finit toujours par replonger.

logan-5

C’est d’ailleurs l’héritage du plus célèbre des X-Men. Après avoir pris connaissance du passé de Laura/X-23 – une mutante créée génétiquement afin de servir comme arme, et d’avoir observé la violence de ses pouvoirs, Wolverine se donne une dernière mission. « Ne deviens pas ce qu’ils ont fait de toi », dit-il à la fillette dans l’espoir de lui épargner la vie qu’il a lui-même endurée. Une façon pour Logan, devenu un homme trop vieux, qui a vu et fait trop d’horribles choses, de boucler la boucle.

Un adieu bâclé

Malheureusement, là où Logan gagne en brutalité, il perd en émotion. Wolverine/Hugh Jackman et Xavier/Patrick Stewart auraient mérité une fin plus iconique. Le dénouement est trop abrupt et convenu pour susciter le moindre déchirement à l’idée de quitter ces personnages si charismatiques. On est loin du final de X-Men 3, certes bordélique, mais empli d’une grande tristesse. Pour une fois qu’un film de super-héros aurait mérité une mise en scène plus mélodramatiqueLogan en manque cruellement.

logan-6

La faute incombe à James Mangold, incapable de créer des scènes durablement marquantes. Bien sûr, le final dans la forêt et l’affrontement nocturne entre Wolverine et X-24 s’inscrivent au panthéon des meilleures scènes de combat de la saga X-Men. Mais elles restent des scènes de combat, rien de plus. Malgré l’intensité dramatique de l’histoire de Logan et l’interprétation fiévreuse de Hugh Jackman, aucune puissance émotionnelle ne s’en dégage.

Hors-piste rafraîchissant

Que retenir donc, de cette ultime aventure de Wolverine ? La déception de ne pas pouvoir dire adieu convenablement à ce vieil ami de cinéma prime. Mais elle ne doit pas faire oublier la beauté et la brutalité de Logan, finalement un film d’équilibriste. La neuvième apparition du mutant griffu appartient évidemment au genre des super-héros, mais elle lorgne également du côté du western et du road-trip post-apocalyptique. Quelque part entre Impitoyable, Mad Max : Fury Road et Un monde parfait, mais avec des mutants.

logan-3

Le hors-piste est tellement rare dans un genre aussi balisé que voir Logan procure un sentiment de fraîcheur. C’est la preuve que les films de super-héros ne sont pas condamnés à la surenchère d’effets spéciaux et à la resucée de longs-métrages du même style. L’effort de James Mangold est maladroit mais il est louable. La sortie de scène de Wolverine aurait pu et dû être plus épique et plus dramatique. Mais au moins, elle est mémorable.

Logan, de James Mangold (2h15). Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen, Boyd Holbrook, Stephen Merchant…