« Par amour des acteurs et des actrices » : durant ce premier mois de 2018, on croisera dans les salles obscures : Jessica Chastain, Matt Damon, Frances McDormand, Gary Oldman, Tom Hanks, Meryl Streep, Kate Winslet ou encore Mathieu Kassovitz.

Le Grand Jeu

Dans la famille des histoires « bigger than life » dont raffole Hollywood, je voudrais… l’organisatrice des parties de poker les plus huppées de l’histoire. Soit Molly Bloom, ex-skieuse et serveuse de cocktails qui est devenue en quelques années la chaperonne de parties underground avec une mise de départ de 250.000 dollars minimum. Dans son cercle de jeu, des magnats financiers, des hommes de pouvoir, des acteurs aussi connus que Ben Affleck, Tobey McGuire et Leonardo DiCaprio mais aussi des « hommes d’affaires » au business plutôt louche et des même des mafieux. De quoi lui occasionner quelques petits problèmes judiciaires…

Vendu comme le Loup de Wall Street au féminin, Le Grand Jeu se présente en effet comme le portrait explosif d’une femme ivre de pouvoir et d’argent, de sa spectaculaire ascension à sa chute prévisible. Le choix de Jessica Chastain pour incarner Molly Bloom semble évident tant la rousse flamboyante s’est fait une spécialité d’incarner des femmes fortes, capables de tenir tête aux hommes dans des milieux souvent très macho (l’armée dans Zero Dark Thirty, les lobbies dans Miss Sloane). Autour d’elle, Idris Elba, Kevin Costner et Michael Cera complètent la distribution. Sortie le 3 janvier.

Les Heures Sombres

Mai 1940. La France capitule face à l’Allemagne nazie, l’Europe libre est réduite au seul Royaume-Uni, pourtant en proie à une crise politique. Le Premier ministre Neville Chamberlain démissionne et le pays se cherche un leader. Par défaut, les conservateurs et le Roi George VI se tournent vers Winston Churchill. Âgé de 65 ans, c’est un homme politique atypique, passé des libéraux aux conservateurs mais dont le bilan n’est guère fameux. Pas franchement apprécié, il a la lourde tâche d’unifier les notables britanniques et d’organiser la résistance face au IIIème Reich avec comme seules armes ses talents oratoires et sa détermination.

Gary Oldman jouit de tout ce dont un acteur peut rêver : la reconnaissance de ses pairs, des rôles chers au grand public (Le Cinquième Élément, les sagas Harry Potter et Batman), une cheminée décorée de statuettes en tout genre et le loisir de pouvoir choisir ses films. Tout, sauf un Oscar. Une injustice qui pourrait bien être réparée cette année. La performance transformiste d’Oldman sous les traits de l’impétueux Premier ministre britannique dans Les Heures Sombres (qui raconte l’envers du décor du Dunkerque de Nolan) le place parmi les favoris à l’Oscar du meilleur acteur. Une récompense amplement méritée pour un acteur à la carrière exemplaire. Sortie le 3 janvier.

Downsizing

Dans un futur proche, si vous pouviez rétrécir à la taille de 12 centimètres et vivre dans un monde miniature qui vous promet richesse et bien-être, le feriez-vous ? Paul Safranek (Matt Damon) et sa femme Audrey (Kristen Wiig) oui. Sauf que cette dernière se débine au dernier moment, laissant Paul découvrir seul ce monde aux possibilités extraordinaires mais aussi rempli de mystères. Heureusement, le nouveau-venu pourra compter sur son excentrique voisin Dusan Mirkovic (Christoph Waltz).

On ne perd pas de temps et on commence l’année avec un film-concept, précipité d’un vieux rêve de science-fiction : la miniaturisation. Conçue ici comme une solution à la surpopulation, elle est abordée sous un angle plus comique que philosophique, à travers le regard naïf du héros incarné par Matt Damon. Alexander Payne, spécialiste des films façon « aventure intérieure » (Sideways, Nebraska, The Descendants), a passé plus de dix ans à peaufiner le script de Downsizing, on peut donc lui faire confiance pour donner une âme à sa fable. Sortie le 10 janvier.

Vers la lumière

Misako est audiodescriptrice : elle décrit les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure pour les personnes aveugles ou malvoyantes, notamment pour les films. Lors d’une projection, elle rencontre Masaya, un photographe au caractère affirmé dont la vue se détériore irrémédiablement. D’abord peu enclins à s’apprécier, ils vont apprendre l’un de l’autre. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.

Sélectionné au Festival de Cannes, le dernier film de la Japonaise Naomi Kawase est une romance lumineuse, abordant les sentiments par le prisme des sensations. Une façon originale de revisiter le thème vu et revu de la rencontre entre un homme et une femme que tout oppose en apparence. Vers la lumière est film tout en douceur, idéal pour se réchauffer dans le froid de janvier. Sortie le 10 janvier.

Last Flag Flying

Nous sommes en 2003 et les États-Unis sont en guerre en Irak. Le conflit fait de nombreux morts dans le camp américain et parmi eux le fils de Larry, lui-même vétéran de la guerre du Vietnam. Préférant que le corps de son fils soit enterré dans sa ville natale et non au cimetière militaire d’Arlington, Larry se tourne vers deux anciens camarades soldats, Sal et Richard, qu’il n’a pas revu depuis 30 ans. Ensemble, ils vont s’emparer du cercueil et vivre une équipée forte en émotions sur les routes des États-Unis.

Derrière son apparente légèreté de road-trip entre vieux potes, Last Flag Flying reste un drame qui aborde frontalement la question du deuil. En suivant ces trois vétérans, Richard Linklater questionne le rapport d’une génération de soldats aux guerres de leurs enfants. Une réflexion plutôt rare à Hollywood, où les scénaristes sortent rarement les conflits de leur temporalité. Alors si en plus, cette réflexion est servie par le trio Bryan Cranston (Breaking Bad), Laurence Fishburne (Matrix) et Steve Carell (La Bataille des Sexes), on veut bien se laisser embarquer. Sortie le 17 janvier.

Three Billboards : Les Panneaux de la Vengeance

Neuf mois après le meurtre de sa fille, Mildred Hayes (Frances McDormand) décide de réagir car la police n’a obtenu aucun résultat. Elle inscrit sur trois panneaux menant à sa ville un message dirigé contre le chef de la police, le respecté William Willoughby (Woody Harrelson). Une intiative très mal accueillie par la police et les les habitants de la petite ville d’Ebbing, dans le Missouri. Mais les opposants à cette initiative vont vite découvrir que s’opposer à la colère d’une mère n’est pas forcément une bonne idée.

Comédie noire, brûlot politique, drame maternel désespéré, Three Billboards : Les Panneaux de la Vengeance est un peu tout ça en même temps. Dans le climat actuel de tensions racistes aux États-Unis, avec la police en ligne de mire, le film de Martin McDonagh s’inscrit pleinement dans l’actualité. Mais pas question pour autant dramatiser à l’excès, le long-métrage misant plutôt sur l’aspect absurde de l’affrontement entre une femme seule et les policiers locaux. Il y a un peu des frères Coen dans ce film (Frances McDormand est mariée à Joel Coen) et c’est toujours une bonne chose. Sortie le 17 janvier.

Pentagon Papers

En 1971, la première directrice de l’histoire du Washington Post, Katharine Graham (Meryl Streep), et son rédacteur en chef, Benjamin Bradlee (Tom Hanks pour sa cinquième collaboration avec Spielberg), luttent contre le gouvernement fédéral américain pour publier les Pentagon Papers, des documents secret-défense qui dévoilent la responsabilité des États-Unis dans la guerre du Vietnam. La pression des autorités et la détermination des journalistes mettent en péril l’avenir du « Post » et la décision à prendre est lourde de conséquences.

Difficile là encore de ne pas replacer ce film dans le contexte politique actuel. Pentagon Papers (The Post, en VO,) sort alors que Donald Trump fête sa première année en tant que président des États-Unis, lui qui a popularisé le concept de « fake news » et exacerbé la haine contre les médias qui analysent pourtant avec sérieux sa politique et sa communication. Forcément, le film de Steven Spielberg (son premier de l’année avant Ready Player One) apparaît comme un vibrant plaidoyer pour la vérité et la transparence de l’information. Sortie le 24 janvier.

Wonder Wheel

Dans les années 50, dans les allées du fameux parc d’attraction de Coney Island, quatre personnages se croisent : Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse (Kate Winslet) ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny (James Belushi) ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge (Justin Timberlake) ; et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses (Juno Temple).

Rêveur devant l’éternel, Woody Allen continue de dépeindre une Amérique fantasmée, colorée. Le parc d’attractions de Coney Island est l’incarnation de cet idéal américain d’une vie douce où tout est possible. Du pur Woody Allen donc mais reste à savoir comment Wonder Wheel sera reçu publiquement, le climat actuel à Hollywood lui étant beaucoup moins favorable (le réalisateur est accusé d’abus sexuels sur sa fille) depuis l’affaire Weinstein. Sortie le 31 janvier.

Sparring

A plus de 40 ans, Steve Landry (Mathieu Kassovitz) est un boxeur qui a perdu plus de combats qu’il n’en a gagnés. Avant de raccrocher les gants, il accepte une offre que beaucoup de boxeurs préfèrent refuser : devenir sparring-partner d’un grand champion, Tarek M’Bareck (incarné par le boxeur Souleymane M’Baye). Tandis qu’il lui apporte son expérience, Tarek va aider Steve à remonter une dernière fois sur le ring.

Quand il ne perd pas son temps à dire des conneries ou se plaindre de tout, Mathieu Kassovitz a deux passions : le cinéma et la boxe. Entre deux tournages, le réalisateur de La Haine a ainsi disputé en juin son premier combat de boxe anglaise en amateur, qui s’est soldé sur un match nul. Sparring est l’occasion de mêler ces deux passions à travers le rôle de ce vieux boxeur prêt à tout pour retrouver l’adrénaline des combats. Sortie le 31 janvier.