Denis Villeneuve ressuscite Blade Runner, Albert Dupontel réenchante la poésie d’Au Revoir Là-Haut, Thor s’éclate dans l’espace, Soderbergh de retour… Octobre pourrait bien être le meilleur mois de l’année au cinéma.

Blade Runner 2049

Il y a 35 ans sortait Blade Runner, film de SF sombre et philosophique qui allait passer inaperçu en salles. Mais le temps a rendu justice à ce chef d’œuvre du genre, devenu le film culte de plusieurs générations. Pas évident donc, de lancer une suite à l’enquête de Rick Deckard (Harrison Ford) sans risquer de s’attirer les foudres des fans. C’est pourtant le pari fait par Ridley Scott, désormais producteur et qui a laissé la caméra au talentueux Denis Villeneuve (Sicario, Premier Contact).

Cette suite se passe trente ans après les événements du premier film. L’officer K (Ryan Gosling), un « blade runner », policier chargé de traquer les « réplicants » indésirables, mène une enquête sur une machination qui pourrait bien aboutir à la fin de l’humanité. La piste le mène à Rick Deckard, disparu depuis 2019. On n’en sait guère plus sur le scénario de Blade Runner 2049, ce qui ne fait qu’accroître l’excitation qui monte avant de découvrir cette suite. Sortie le 4 octobre.

Le Sens de la Fête

Dans un tout autre registre, le duo Toledano/Nakache sort sa dernière comédie, trois ans après Samba. Exit Omar Sy, avec qui les réalisateurs avaient tourné leurs quatre précédents films, dont évidemment Intouchables, remplacé dans Le Sens de la Fête par Jean-Pierre Bacri. Pas le même style mais ce choix singulier permet au duo d’explorer une autre veine comique.

Bacri incarne Max, un traiteur chargé d’organiser un mariage chic dans un château. Déjà lui-même un peu rincé, Max est en plus entouré d’une bande de bras cassés : un photographe hippie (Jean-Paul Rouve), un chanteur ringard (Gilles Lellouche), des serveurs à la ramasse (Alban Ivanov, Vincent Macaigne)… Le mariage s’annonce rocambolesque et tant mieux pour nous. Sortie le 4 octobre.

Kingsman : Le Cercle d’Or

En 2015, les fans de films d’espionnage ont eu droit à un duel de haute volée. D’un côté Ethan Hunt/Tom Cruise qui s’accroche à la porte d’un avion en vol (Mission Impossible : Rogue Nation) et de l’autre, James Bond/Daniel Craig qui affronte son vieil ennemi Blofeld (Spectre). Sauf qu’un petit jeune provocateur a ringardisé les deux vétérans en à peine plus de deux heures. Nom : Eggsy. Profession : Kingsman. Technique favorite : coolitude.

Deux ans après, les espions de Kingsman reviennent dans Le Cercle d’Or, une suite située aux États-Unis qui introduit leurs collègues américains, les Statesman. Alors qu’il n’a pas pour habitude de réaliser les suites de ses films, Matthew Vaughn s’est pourtant attelé à ce deuxième Kingsman. Pour compenser l’effet de surprise du premier, le réalisateur mise sur l’action non-stop et peut compter sur un casting alléchant : Taron Egerton, Mark Strong et Colin Firth sont de retour pour affronter Julianne Moore avec l’aide de Channing Tatum, Jeff Bridges et Pedro Pascal. Sortie le 11 octobre.

Detroit

Détroit, le 23 juillet 1967. Après un raid de la police dans un bar clandestin noir, la ville s’embrase. Persécutés, les afro-américains laissent éclater leur colère dans des affrontements tellement violents que l’armée est envoyée pour restaurer le calme. Pendant cinq jours, Détroit est à feu et à sang. Le bilan, terrible, fait état de 43 morts et 467 blessés. Un événement tragique mais fondamental de la lutte des Noirs pour leurs droits civiques.

Après la guerre (Démineurs) et le terrorisme (Zero Dark Thirty), Kathryn Bigelow s’attaque cette fois à la question, brûlante d’actualité, du racisme aux États-Unis. La réalisatrice découpe son film en trois parties : les émeutes urbaines, un huis-clos sanglant entre manifestants et policiers dans un hôtel et le procès qui a suivi les événements. Un montage qui confère une intensité quasi-étouffante à Detroit. Sortie le 11 octobre.

Knock

« Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous grattouille ? » Qui ne connaît pas cette célèbre réplique de la non moins fameuse pièce de théâtre Knock ou le Triomphe de la médecine, écrite par Jules Romains en 1923. Adaptée maintes fois au théâtre (dont une excellente mouture avec Luchini dans le rôle titre en 2002), cette histoire d’un docteur charlatan n’avait plus été vue au cinéma depuis… 1951 !

Anomalie désormais rectifiée par Lorraine Levy (Mes amis, mes amours, adaptation du roman de son frère Marc Levy, en 2008). Également dramaturge, la réalisatrice a décidé de confier le rôle du Dr. Knock à Omar Sy, entouré à l’écran d’Ana Girardot, Alex Lutz, Sabine Azéma et de quelques « gueules comiques » du cinéma français. Attention toutefois, il ne s’agit pas d’une adaptation littérale de la pièce. Le cynisme de Jules Romains est tempéré ici par les bons sentiments du voyou au grand cœur. Sortie le 18 octobre.

Thor : Ragnarok

Rentré sur Asgard après les événements d’Avengers : Age of Ultron, Thor (Chris Hemsworth, toujours plus à l’aise dans ce rôle) fait face à une menace sans précédent : le Ragnarok, l’annihilation de toutes choses, provoqué par la déesse de la Mort, Hela (surprenante Cate Blanchett). Privé de son marteau, emprisonné pour être gladiateur, Thor va devoir assembler une équipe improvisée, autour d’Hulk et de son frère ennemi Loki, pour sauver son royaume.

Le Monde des Ténèbres, dernière aventure solo de Thor, sortie en 2013, avait laissé un goût amer aux fans du super-héros. Sous-exploité, opposé à des méchants sans intérêt, le Dieu du Tonnerre était quelque peu négligé par MarvelRagnarok remet les pendules à l’heure en offrant à Thor une équipée collective haute en couleurs et blindée d’action. Seule interrogation : 1h40, est-ce suffisant pour rendre justice à un arc narratif majeur de l’univers de Thor ? Sortie le 25 octobre.

Logan Lucky

Quatre ans après son dernier film, et alors qu’il avait annoncé arrêter le cinéma, Steven Soderbergh (Ocean’s Eleven, Traffic, Erin Brokovich) fait son grand retour dans les salles (ô surprise !). Et visiblement, il a regardé beaucoup de films des frères Coen depuis quatre ans, à voir la tête de son dernier long-métrage, Logan Lucky, un film de casse déjanté avec un casting complètement fou.

Soit l’histoire de deux frères – dont un manchot (Channing Tatum et Adam Driver), pas franchement malins mais juste ce qu’il faut d’ambitieux pour élaborer un braquage. Et pas n’importe lequel : le braquage du circuit de NASCAR de Charlotte, à l’occasion d’une course légendaire. Pour réussir leur coup, les frangins s’entourent d’une brochette de personnages fêlés, à commencer par un Daniel Craig blond péroxydé. Ocean’s Eleven dopé à l’essence et croisé avec Burn After Reading. Ça promet. Sortie le 25 octobre.

Au Revoir Là-Haut

Comment adapter Au Revoir Là-Haut, prix Goncourt 2013 et considéré comme l’un des plus grands romans français du siècle, sans trahir l’œuvre ainsi que les lecteurs ? Comment rendre compte de la poésie de ce livre aussi déchirant que sarcastique ? Comment tasser l’âme de 576 pages en moins de deux heures ? Après l’avoir vu, la réponse à ces questions est évidente : confier le projet à Albert Dupontel.

Cinéaste et acteur marginal, adepte de l’humour cartoonesque et des petites gens, Dupontel s’empare avec une habileté déconcertante de l’histoire d’Au Revoir Là-Haut. (deux soldats revenus de la Première Guerre mondiale, dont un défiguré, montent une arnaque aux monuments aux morts). Tout en retenue, Dupontel est fantastique devant sa propre caméra, virevoltante et maligne. Mais c’est Nahuel Pérez Biscayart (120 Battements par Minute) qui éblouit, caché derrière ses masques (de vraies œuvres d’art). On n’avais pas vu un film français de ce calibre depuis belle lurette. Sortie le 25 octobre.

Pendant ce temps-là, sur Netflix…

Après Okja, c’est au tour de The Meyerowitz Stories, second film Netflix présenté en compétition à Cannes, de pointer le bout de son nez. Noah Baumbach réalise là une comédie dramatique sur une famille dysfonctionnelle, portée par Adam Sandler (pas vendeur), Ben Stiller (mouais), Dustin Hoffman et Emma Thompson (ok foncez). Disponible le 13 octobre.

Au-delà de ce film, ce sont surtout deux séries qui justifieront à elles seules un abonnement à Netflix. D’abord Mindhunter, pilotée par David Fincher, une plongée en 10 épisodes dans la tête des tueurs en série par le biais des profilers, policiers chargés de comprendre leurs motivations. Le Fincher de Seven et Zodiac est de retour le 13 octobre.

Mais c’est à la saison 2 de Stranger Things que l’on accordera le plus de temps. La bonne surprise rétro de l’an dernier revient pour Halloween avec neuf épisodes (27 octobre). Au programme, toujours plus de frissons avec Eleven coincée dans le Monde à l’envers et un nouveau monstre qui menace les gamins d’Hawkins. Le popcorn est déjà prêt.