Il n’y a pas qu’au travail ou à l’école que la rentrée est chargée. Maintenant que l’été est fini, les films indépendants envahissent les salles de cinéma en septembre.

Ça y est, c’est la rentrée ! Après un été pour le moins décevant au cinéma, les salles tournent la page des blockbusters. A leur place, longs-métrages indépendants, films sélectionnés à Cannes et premiers prétendants pour les César font feu de tout bois. De Godard à Gauguin, de Tom Cruise à Darren Aronofsky, c’est parti pour le début de la fin (de l’année).

Le Redoutable

Mai 1968. Jean-Luc Godard est au sommet de son art. Cinéaste engagé, la révolution sociale qui s’amorce l’incite à repenser entièrement son cinéma. Le réalisateur phare de Nouvelle Vague prend un tournant politique qui va le changer à tout jamais. Autour de lui, ses proches observent la transformation à marche forcée du cinéaste iconoclaste. Au premier rang, sa femme Anne Wiazemsky assiste impuissante à la mutation de l’homme qu’elle aime et admire.

Soyons clairs : Le Redoutable n’est pas un biopic de Jean-Luc Godard. Et encore un moins un film académique puisque c’est une comédie ! Michel Hazanavicius prend en effet le parti de moquer un Godard colérique, boudeur, têtu, bref insupportable (excellent Louis Garrel). C’est très drôle et on n’a pas besoin d’avoir vu tout les films de « JLG » pour apprécier. Le Redoutable est aussi un bel hommage au cinéaste puisque le réalisateur des OSS 117 fait siennes les techniques du maître pour offrir un film comique intelligent. Sortie le 13 septembre.

Mother !

Trois ans après le plus que moyen Noé, Darren Aronofsky revient avec Mother !, le projet le plus mystérieux de la rentrée. La bande-annonce ne révèle pas grand-chose si ce n’est que le bonheur d’un couple « parfait » (Jennifer Lawrence et Javier Bardem) est troublé par l’arrivée d’inconnus dans leur maison (Ed Harris et Michelle Pfeiffer). L’histoire est racontée du point de vue de la jeune femme qui voit sa vie s’effondrer.

Fini les blockbusters bibliques, Aronofsky repique dans la veine de son cinéma qui a donné naissance à l’excellent Black Swan (2010). Soit l’introduction insidieuse de l’angoisse puis de la terreur un quotidien en apparence parfait. A mi-chemin entre le thriller et le film d’horreur, Mother ! pourrait bien être le film choc de la fin d’année. Sortie le 13 septembre.

Good Time

Deuxième sortie cannoise du mois : Good Time, de Josh et Ben Safdie. Les New-Yorkais enracinent à nouveau leur cinéma dans leur ville d’origine, direction les faubourgs populaires. C’est là que se réfugie Connie (Robert Pattinson) après un braquage raté durant lequel son frère handicapé a été arrêté puis hospitalisé. Dans l’impossibilité de réunir la caution pour le libérer, Connie planifie son évasion…

Good Time est un pur rush d’adrénaline, une course contre-la-montre jusqu’à l’aube qui lève rarement le pied. Au cœur de la nuit new-yorkaise, les Safdie livrent un thriller efficace et très stylisé. Remarquée à Cannes, la performance hallucinée de Robert Pattinson – barbu, blond platine et le regard fou – vaut à elle seule le détour, tant sa capacité à se réinventer à chaque rôle est fascinante. Sortie le 13 septembre.

Barry Seal : American Traffic

Tom Cruise a commencé l’été sur un bide avec La Momie (400 millions $ dans le monde, 1,3 million d’entrée en France seulement). Il ne pouvait évidemment pas en rester là. Trois mois plus tard, Barry Seal : American Traffic doit donc redorer l’image de la star. Et rien de mieux pour y arriver qu’un personnage over the top, en l’occurence Barry Seal, véritable pilote qui, dans les années 1980, a transporté la drogue des cartels colombiens avant de collaborer avec la CIA et la DEA.

La bande-annonce très rock ‘n roll annonce une histoire classique de « rise and fall » (« ascension et chute ») dans la lignée du Loup de Wall Street. Scorsese n’est pas aux commandes mais c’est tout de même Doug Liman qui officie derrière la caméra, le réalisateur de La Mémoire dans la Peau et récemment du sympathique The Wall. Pourquoi c’est une bonne nouvelle ? Le duo Liman-Cruise avait fait des merveilles dans Edge of Tomorrow, un des meilleurs films de SF de la décennie. Sortie le 13 septembre.

The Party

Le cinéma a beau être devenu une industrie mondialisée, il existe encore des spécialités nationales. Les États-Unis sont les meilleurs pour les buddy-movies, la France n’a pas d’équivalent pour les drames sociaux et en ce qui concerne l’Angleterre, elle a conservé un indéniable talent pour les comédies noires, grinçantes (Joyeuses FunéraillesBons Baisers de Bruges, etc). Une tradition qui se poursuit avec The Party.

Il est question de la petite fête organisée par Janet (Kristin Scott Thomas), politicienne nommée ministre de la santé au sein du gouvernement britannique. Malheureusement pour elle, son mari Bill (Timothy Spall) et ses invités sont tous sur le point d’exploser et il en faut peu pour que la fête tourne au cauchemar. Pour notre plus grand plaisir. Sortie le 13 septembre.

Mon Garçon

Divorcé de sa femme qui ne supportait plus ses voyages à travers le monde, Julien (Guillaume Canet) découvre, à l’occasion d’un passage en France, un message de sa part : leur fils de sept a disparu lors d’une excursion camping en montagne avec sa classe. Désemparé, Julien plonge corps et âme dans la recherche de son garçon et la traque du kidnappeur.

Il y a les films avec un concept original et ceux avec un tournage original. Mon Garçon entre la seconde catégorie puisque ce thriller hivernal a été tourné chronologiquement en seulement six jours. Mais surtout, Guillaume Canet ne connaissait pas le scénario ! Chaque jour, il apprenait au fur et à mesure, tout comme son personnage. Une façon très intéressante d’immerger complètement l’acteur dans son rôle. Sortie le 20 septembre.

Gauguin – Voyage de Tahiti

Les biopics d’artistes ont la côté en ce moment. A Cannes, Vincent Lindon épatait avec son Rodin très minéral. Cette fois, c’est Vincent Cassel, amaigri et barbu, qui nous invite à plonger dans les explorations tahitiennes de Paul Gauguin, dans les années 1890. Ruiné et en panne d’inspiration,  le peintre retrouve le goût de la vie dans la végétation luxuriante de l’île et s’éprend de Tehura, une vahiné qui deviendra sa femme et sa muse.

Sur la forme, ce portrait de Gauguin s’annonce plutôt classique, conçu comme un voyage initiatique et une renaissance, trame de base de nombreux biopics. Mais l’absence de la figure de Gauguin dans le cinéma français incite à être curieux (4 films ont mis Gauguin en scène, tous étrangers, dont 2 britanniques avec Donald Sutherland). Surtout que Vincent Cassel pourrait bien glaner une nomination aux César avec ce rôle. Sortie le 20 septembre.

Une suite qui dérange

En 2006, alors que le réchauffement climatique n’était pas encore une grande cause mondiale (mais l’est-elle vraiment aujourd’hui ?), Al Gore, ex-candidat démocrate battu par George W. Bush en 2000, présentait Une vérité qui dérange. Un documentaire choc où Al Gore se mettait en scène pour essayer d’éveiller les consciences des Américains au cataclysme écologique en cours.

Onze ans plus tard, le militant fourbit de nouveaux ses arguments. La forme n’a pas changé (mise  en scène du lanceur d’alerte « star », comme l’a fait DiCaprio dans son docu Before the Flood). Mais cette fois, Al Gore a décidé d’adopter un ton plus optimiste en allant à la rencontre de ceux qui proposent des solutions innovantes pour inverser la tendance. Un peu comme dans Demain (Mélanie Laurent et Cyril Dion). Pas novateur donc, mais une piqûre de rappel ne fait pas de mal, d’autant que le virus du réchauffement est toujours dans l’air. Sortie le 27 septembre.

Séance de rattrapage :

Présenté en séance spéciale lors la Semaine de la Critique à Cannes, Petit paysan a bénéficié d’un sacré coup de projecteur fin août en étant récompensé du « Valois de diamant » au Festival du film francophone d’Angoûleme. Pour son premier film, Hubert Charuel, fils et petit-fils de paysans, met en lumière une figure rare du cinéma français : l’éleveur de bétail.

En l’occurence un jeune fermier, Pierre, passionné par son travail et ses vaches, qui se retrouve confronté à une épizootie qui décime son troupeau. Prêt à tout pour sauver ses bêtes, Pierre s’engage dans une folie aveugle et autodestructrice. A la fois thriller et drame social, Petit Paysan est un film atypique, porté par la performance saisissante de Swann Arlaud. En salles depuis le 30 août.