CRITIQUE – Quand Guillaume Canet part en vrille pour de bon, ça donne un film parfois hilarant, parfois gênant. Mais le cinéaste a le mérite d’assumer pleinement son délire.

A 43 ans, Guillaume Canet enchaîne les rôles sages et polis et rentre tous les jours à la même heure pour retrouver sa vie de couple pépère avec Marion Cotillard. Un quotidien « pas très rock » comme lui fait remarquer une journaliste. Sauf que Guillaume Canet ne l’accepte pas. Il refuse catégoriquement d’adopter l’image que les gens ont de lui. Quitte à plonger dans les pires excès pour prouver à ses proches qu’il peut être aussi cool que les jeunes acteurs.

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Tel est le pitch dystopique de Rock’n Roll, le nouveau film de Guillaume Canet. Le caprice égocentrique d’un acteur/réalisateur en panne d’inspiration ? En se mettant en scène dans son propre rôle, Guillaume Canet prenait le risque de s’exposer à de virulentes critiques sur l’entre soi du 7ème art.

Ça n’a pas loupé. Il faut dire que Canet n’a pas fait les choses à moitié pour son premier film depuis le bide de Blood Ties en 2013. Non seulement il se filme lui-même ainsi que sa compagne Marion Cotillard et ses amis du « milieu » mais il parle aussi beaucoup des coulisses du cinéma. Par conséquent, par moment, le film semble très loin de son public.

Une folie complètement assumée

Mais Rock’n Roll est tellement fou, tellement grotesque que les personnages réels deviennent vite secondaires. Ce film n’est pas juste l’histoire de Guillaume Canet qui pique sa crise de la quarantaine quand il se rend compte qu’il est associé à l’image d’un père de famille pépère et ringard.

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Non, c’est surtout celle d’un homme qui part en vrille, obsédé par l’idée d' »être rock ». Hallucinations, rêves, fantasmes, rien ne nous est épargné tout au long de la métamorphose de l’acteur. C’est la force du film : pousser au maximum le curseur du grotesque et de l’autodérision.

L’absurde pour l’absurde

Là où certains lâcheront le film – et c’est compréhensible – c’est que Canet brise les codes du genre en tirant sur la corde du grotesque jusqu’au malaise. Lors de scènes trop longues ou simplement gênantes, le rire devient plus nerveux que franc. Au fond, il est peut-être là le rock’n roll du titre : partir en vrille sans retour et l’assumer.

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Au milieu de toute cette folie, Canet s’amuse avec son image publique, celle de sa femme (Cotillard obsédée par les rôles à Oscar), de son couple, de ses amis (Gilles Lellouche ce fêtard invétéré) et des stars en général (très drôle séquence avec Johnny Hallyday). Les bonnes idées, souvent visuelles, fusent et on rit beaucoup. On peut toutefois regretter que le propos ne soit pas plus acerbe, tant il y avait là matière à la critique du petit monde du cinéma.

Au contraire, en allant jusqu’au bout du délire et encore au-délà, Rock’n roll se coupe du message sous-jacent écrit à l’avance (il faut s’assumer tel qu’on est) et finit par dériver sans autre but que l’absurde pour l’absurde. Mais mieux vaut un délire désarçonnant mais assumé qu’une morale imposée mais affligeante.

Rock’n Roll, de Guillaume Canet (2h03). Avec Guillaume Canet, Marion Cotillard, Camille Rowe, Philippe Lefebvre, Gilles Lelouche, Maxim Nucci…