La saison 3 de Sherlock nous avait laissés sur un insupportable cliffhanger : Jim Moriarty avait-il réellement survécu ? Deux ans plus tard, le célèbre détective est de retour pour résoudre une énigme plus personnelle qu’il ne le pensait. Le vent d’Est se lève…

Ce qui frappe d’emblée dans cette saison 4, c’est la capacité qu’ont les deux acteurs principaux à revêtir à nouveau et avec une facilité étonnante les habits de Sherlock Holmes et du docteur John Watson. C’est d’autant plus vrai pour Benedict Cumberbatch qui, depuis le début de la série en 2010, s’est imposé à Hollywood dans des rôles marquants.

D’entrée de jeu, on est donc replongé sans préambule dans les nouvelles aventures du duo. John et Sherlock sont de vieux amis que l’on est toujours ravi de revoir. On les connaît par coeur – pense-t-on – et il y a quelque chose de rassurant dans leur dynamique de vieux couple.

Plus on est de fous, plus on enquête

Mais, à l’image de leur détective, Mark Gatiss et Steven Moffat, – les deux showrunners – ont toujours un coup d’avance : le duo s’est transformé en trio. L’enquête initiale s’ouvre avec l’irruption de Mary, la femme du docteur et ex-mercenaire, dans la routine de Holmes et Watson. Briser la relation de base de Sherlock : l’idée était risquée mais insuffle un vent de fraîcheur.

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En apparence anodin, le premier épisode est en réalité l’élément déclencheur du problème le plus personnel et le plus complexe que Sherlock Holmes ait eu à résoudre. Il y a de la casse cette saison, au plus près des deux héros. Watson n’en a pas fini avec le passé trouble de sa femme tandis que Holmes doit exorciser les démons familiaux. Son frère Mycroft (délicieux Mark Gatiss) est d’ailleurs beaucoup plus présent cette saison et on ne va pas s’en plaindre. « The game is on« …

Mythologie moderne

Cette nouvelle salve d’épisodes de Sherlock confirme la faculté de la série à inventer un peu plus à chaque fois sa propre mythologie, en grande partie incarnée par les personnages extrêmement forts et charismatiques de la saga. Pour s’en convaincre, il suffit de déguster le presque-retour tonitruant de Moriarty (Andrew Scott toujours aussi jouissif). Une scène d’anthologie sur fond de Queen et cinq minutes d’écran au total lui suffisent à nous faire esquisser un sourire nostalgique, souvenir d’un vilain inégalable.

L’identité visuelle de Sherlock est toujours là avec une réalisation tantôt posée pour observer les personnages, tantôt épileptique quand vient l’heure de l’enquête et de l’action. Un point noir : la vilaine explosion de l’épisode 3. Le ping-pong verbal entre Sherlock et Watson, toujours aussi efficace, et l’insertion d’indices à l’écran pour appuyer les déductions de Sherlock continuent de façonner l’image moderne de la série.

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Scénario millimétré

Toutefois, la véritable force de Sherlock réside dans sa faculté à toujours surprendre, même quand on pense avoir, nous devant notre écran, un coup d’avance sur le détective. L’épisode 2, The Lying Detective, est un modèle du genre, un chef d’oeuvre. Les intrigues s’entremêlent mais les spectateurs habitués à la mécanique de la série distingueront les ficelles. Certains penseront même que le scénario est trop prévisible. Le final magistral remettra tout le monde à sa place.

Mark Gatiss et Steven Moffat sont des orfèvres de l’écriture. Chaque action implique des conséquences invisibles à l’instant t mais qui seront immanquablement dévoilées un peu plus loin. Chaque rebondissement (et il y en a !) sert un dessein plus grand que le simple effet de surprise. Sans que l’on s’en rende compte, les deux cerveaux de Sherlock tissent la toile de l’histoire et c’est quand on pense en avoir deviné les contours qu’elle se referme sur nous.

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Bien sûr, tout n’est pas parfait. Sherlock a imposé un tel niveau d’exigence que la moindre faiblesse narrative semble intolérable. Ainsi va du final des épisodes 1 et 3. Trop cliché pour l’un, pas assez travaillé pour l’autre. Moins articulés autour d’enquêtes indépendantes, comme c’était le cas au début, les épisodes manquent parfois de rythme. Mais je pinaille.

Game changer

La saison 4 est donc celle des cassures. Beaucoup de choses changent quand la famille et les émotions s’invitent dans les enquêtes de Sherlock et Watson. Le drame prend le pas sur l’aspect purement policier de la série. Tant mieux. Cette saison brise et reconstruit, révèle et fragilise, éloigne et rapproche. Jamais les protagonistes n’avaient été autant secoués jusqu’au plus profond de leur âme. A l’exception de l’indéfectible amitié qui lie les héros, rien ne sera plus comme avant.

C’est Sherlock qui, en 2010, a (re)placé le Royaume-Uni sur la carte des séries. Elle a depuis vu émerger de sérieux prétendants à la couronne de meilleur show de Sa Majesté : Peaky Blinders, Black Mirror, Broadchurch, Luther… Les productions télévisuelles britanniques ont atteint au cours de cette décennie un niveau de qualité extraordinaire. Mais force est de constater qu’aujourd’hui encore, quand Sherlock Holmes accélère, il n’y a pas grand monde qui arrive à suivre.

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