La saison 2 de Stranger Things s’inscrit dans la droite ligne de son aînée, avec exactement les mêmes qualités et défauts. Une constance rare et bienvenue.

SÉ-RIES, ton univers impitoyable. Pour garder leurs spectateurs, tous les shows qui veulent durer sont obligés de se démarquer. Le programme TV vire alors à la foire d’empoigne : « moi, j’ai fait péter les effets spéciaux », « moi, j’ai recruté un super acteur connu », « moi j’ai un antagoniste encore plus fort/classe que le dernier », et ainsi de suite. A chaque fois, on nous promet encore plus d’enjeux, encore plus de suspense, encore plus de rebondissements.

Au milieu de ce joyeux bordel de surenchère, une poignée d’irréductibles séries résiste encore et toujours à la tentation d’en faire toujours plus. Chef de file de ces œuvres iconoclastes, Stranger Things vient de livrer une saison 2 dans la droite ligne de la première, avec exactement les mêmes qualités et défauts.

L’objet de ce texte n’est pas de de critiquer en détail les neuf épisodes, mais pour info, cette nouvelle salve de nostalgie est toujours autant divertissante, avec des personnages vraiment attachants et malgré quelques orientations agaçantes, l’intrigue est prenante.

 

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Les héros de « Stranger Things » ont peu évolué d’une saison à l’autre.

On ne change (presque) pas une équipe qui gagne

Alors que la fin de la saison 1 ouvrait aux Duffer Brothers (les créateurs du show) un vaste éventail de possibilités d’expansion de leur uunivers – le prologue de la saison 2 à Pittsburgh semblait d’ailleurs en prendre la direction, Stranger Things reste in fine extrêmement cohérente. Pour faire court, c’est encore l’histoire de Dustin, Mike et Lucas qui viennent en aide à leur ami Will, prisonnier du Monde à l’Envers (mentalement et non plus physiquement). Aidés par quelques ados et des adultes, ils affrontent des monstres et sont sauvés par Eleven.

Évidemment il y a des nuances : exit Brenner le vilain directeur du laboratoire, place au Dr. Owens, plutôt dans le camp des habitants d’Hawkins ; le Demogorgon est remplacé par un étrange créature d’ombres et surtout par une meute de « Demo-chiens », plus rapides et plus petits ; Eleven passe 90% de la saison à l’écart, avec sa propre quête personnelle à mener ; Max, Bob, Billy, le journaliste Murray Bauman et dans une moindre mesure le gang de Pittsburgh s’immiscent dans l’histoire. Mais dans les faits, tout cela s’apparente à la chair de la série et non à son squelette.

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Éloignée de ses amis, Eleven se lance à la recherche de son passé.

Du déjà-vu, mais du bon

Dans le fond, les mécaniques de Stranger Things restent les mêmes : le laboratoire qui masque des recherches dangereuses, les enfants qui sont les seuls à flairer le danger, Steve qui finit par les aider pendant que Nancy et Jonathan se rapprochent, Eleven qui devient inexplicablement puissante à la fin… Autant d’éléments qui donnent un air de déjà-vu à la saison 2, d’autant plus qu’au début, les personnages sont tels qu’on les avait laissés quand bien même un an s’est écoulé depuis les événements de la saison 1.

Certains crieront leur déception, arguant que la saison 2 fait du surplace, reproduisant quasiment à l’identique l’intrigue de la saison 1. En apparence, préférer la cohérence à la prise de risque a quelque chose de conservateur, c’est vrai. Mais ce n’est pas parce que Stranger Things reste dans son cocon, qu’elle n’évolue pas. Preuve en est cette saison de l’introduction de Max, qui apporte une nouvelle dynamique au groupe de potes, et de l’interaction entre Eleven et le shérif Hopper, surlignant les fragilités de l’une et de l’autre. En résumé, la série se renouvelle à la marge, sans toucher au cœur qui fait son succès.

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L’arrivée de Max, à droite, bouleverse l’équilibre du groupe de garçons.

Le théorème d’Indiana Jones

Une formule qui rappelle, entre autres, Indiana Jones. Les films se ressemblent tous dans leur construction mais ça ne m’empêche de les revoir régulièrement avec plaisir. Sauf le quatrième. Car aussi excitantes que soient les aventures d’Indy, la magie finit par s’estomper. L’enjeu pour Stranger Things est donc simplement de savoir s’arrêter à temps. Mieux vaut que la série applique sa méthode avec autant de talent pendant quatre saisons plutôt qu’elle parte dans tous les sens sept saisons durant pour finalement retomber mollement comme un soufflé.

D’autant que Stranger Things est une bonne série mais pas une série extraordinaire. Les Duffer Brothers ont réussi à créer un show à l’identité très marquée mais cela ne les empêche pas de commettre des erreurs. Ainsi, au cours des neuf épisodes, la série commet deux embardées assez grossières. La première avec l’affection factice de Dustin pour son « Demo-chien », la seconde lors de la virée d’Eleven hors d’Hawkins au cours d’un épisode incongru de bout en bout, donnant plus l’impression de regarder Sense8 que Stranger Things. Deux tentatives qui reflètent bien la difficulté de renouveler une série certainement plus aimée pour son ambiance et ses personnages que pour son intrigue, somme toute assez prévisible.

Stranger Things 2

« Stranger Things », c’est comme « SOS Fantômes », ça se regarde dans faim.