Six films, 4,7 milliards de dollars au box-office mondial : jamais les super-héros n’avaient été aussi présents et lucratifs au cinéma que cette année. Pourtant le cru 2016 marque un essoufflement créatif du genre.

Août 2016. Après plus d’un an de promotion intensive, le très attendu Suicide Squad sort sur les écrans du monde entier. Avec une promesse : enfin un film de super-vilains, irrévérencieux et à l’humour tranchant. Sauf que ce n’est pas vraiment ce qu’ont découvert les critiques de cinéma américains lors des projections réservées. A la place, un film assez classique, au scénario abscons et coupé en deux à causes des « reshoots »,  ces nouvelles prises de vues sur décision du studio.

Rapidement, les critiques négatives pleuvent. Le célèbre agrégateur Rotten Tomatoes recense seulement 26% d’avis positifs sur 297 comptés et déclare donc Suicide Squad « rotten », littéralement « pourri ». Une insulte pour les fans qui accusent le site d’impartialité envers les films DC Comics, dont Suicide Squad. Dans une pétition signée par 22.000 personnes avant fermeture, ils réclamaient même la fermeture de Rotten Tomatoes.

La polémique a fait grand bruit aux Etats-Unis mais n’a pas traversé l’Atlantique. Pourtant, en France, les critiques n’ont pas été plus tendres avec Suicide Squad : 2,1 de moyenne sur 20 critiques recensées par Allociné. Tout cela pourrait n’être qu’anecdotique si ce n’était au contraire symbolique de l’état actuel des films de super-héros.

Super-moyens

Avec six films sortis en 2016, le genre n’a jamais été autant représenté. Mais quantité ne rime pas toujours avec qualité, c’est bien connu. L’année écoulée en fait la démonstration avec quatre long-métrages corrects mais pas franchement enthousiasmants.

Deadpool ? Un bon film survendu, surmarketé, plus classique que trash, plus vulgaire qu’irrévencieux. Batman V Superman ? Titanesque mais produit trop vite, cohérent uniquement dans son « ultimate edition ». X-Men Apocalypse ? Divertissant bien que très loin des sommets atteints par les deux premiers opus. Doctor Strange ? Visuellement époustouflant à défaut d’avoir un scénario imaginatif. Quant à Suicide Squad, je rejoins l’avis général de la critique américaine.

 

Seul Captain America : Civil War surnage. Le blockbuster représente ce que Marvel fait de mieux. Après avoir pris son temps pour introduire les héros dans de précédents films (Iron Man a eu droit à 5 aventures), le studio déroule désormais des histoires cohérentes, toujours avec le même mélange d’humour pince-sans-rire et d’action XXL. Seul bémol : Marvel rechigne encore à faire mourir ses personnages, plombant l’enjeu final des affrontements.

Mais Captain America ne peut sauver à lui tout seul un genre guetté par l’usure du temps. Le premier X-Men a 16 ans, Batman Begins 11 ans et Iron Man, premier film du Marvel Cinematic Universe, est sorti en 2008. Au total, une trentaine de films adaptés de comics sont sortis en salle depuis le début du siècle et entre 2016 et 2020, 28 autres sont prévus au calendrier.

Infographie Notes Films Super-Héros

Super-rentables

Le manque de créativité des films de super-héros n’empêche pas les studios d’engranger des « super-zéros ». Les six films au programme cette année leur ont rapporté 4,76 milliards de dollars (2 films chacun) : 1,81 milliard pour Disney/Marvel, 1,62 pour Warner/DC et 1,33 pour la Fox.

Surtout, avec une recette moyenne de 793 millions de dollars par film, les super-héros font toujours le plein dans les salles obscures. Il faut remonter à 2012 pour trouver trace d’une meilleure rentabilité : 870 millions, grâce à deux aventures milliardaires (Avengers et The Dark Knight Rises), une de plus qu’en 2016.

Infographie Box Office Films Super-Héros

Ces chiffres hallucinants confirment donc l’attrait des super-héros sur le public et ce peu importe la qualité « artistique » des films. Peu importent également les critiques des professionnels, par nature plus sévères que les spectateurs avec les blockbusters. Reste à espérer – un peu illusoirement – que les studios ne se satisfassent pas de films moyens qui rapportent gros. Réponse en 2017, avec de nouveau six films de super-héros à découvrir.