Retour sur The Defenders, série sortie en août sur Netflix et qui devait être l’apogée du premier cycle de super-héros Marvel à la télévision. Mais le show passe complètement à côté de son ambition.

Le pari était fou : transposer sur Netflix le savoir-faire de Marvel en proposant les aventures de quatre antihéros mineurs à New York, en vue d’une réunion épique. Pendant un temps, la promesse a été tenue. Chacune des quatre séries avait son identité propre, avec en commun un ton plus sombre que les films Marvel. Tour à tour, Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist ont affronté leurs démons pour notre plus grand plaisir.

Tout cela dans un seul but : réunir ces quatre combattants face au même ennemi dans The Defenders, conclusion épique du premier cycle Marvel/Netflix. Sauf que la machine s’est enrayée. Les failles entrevues dans Iron Fist se sont confirmées. The Defenders est branchée sur courant alternatif, souvent ronronnante et rarement brillante. Analyse d’une déception en cinq points (SPOILER ALERT !).

1. L’histoire est très floue

The Defenders commence là où on avait laissé Iron Fist et Daredevil. Le premier cherche toujours K’un Lun, tandis que le second, abattu par ses découvertes sur La Main et la mort d’Elektra, a rangé le costume. Jessica Jones et Luke Cage, eux, vivent leur vie sans avoir la moindre idée de ce qui les attend. Chacun de leur côté, ils sont mis sur la piste de La Main, qui s’apprête à passer à l’action pour atteindre son but : l’immortalité.

The Defenders 4

Plutôt simple comme scénario. Mais alors pourquoi est-ce aussi incompréhensible ? Des ambitions changeantes de La Main aux découvertes foireuses des héros, la série avance constamment dans le brouillard, jusqu’à un final absolument inepte (le trou, les os de dragon, la substance…). L’une des explications tient à la durée resserrée de The Defenders – seulement huit épisodes, qui ne laisse pas le temps de s’attarder sur chaque rebondissement. Résultat, c’est flou et on finit par perdre le fil.

2. Pas d’alchimie entre les héros

En rassemblant les quatre héros, The Defenders les fond les uns dans les autres. Les particularités qui faisaient de Daredevil, Luke Cage, Jessica Jones et, dans une moindre mesure, Iron Fist, des personnages complexes, sont effacées pour faire plus de place au groupe. Daredevil, le plus intéressant des quatre en solo, est celui qui subit le plus cette réunion. Matt Murdock passe son temps à ressasser le passé. Logique vu son histoire, mais vite lassant. Au cœur de l’histoire, Iron Fist n’est plus une catastrophe, notamment car il réalise enfin les responsabilités qui lui incombent. Mais il reste pénible à écouter.

The Defenders 5

Luke Cage est fidèle à lui-même, aussi bon psychanalyste que combattant. Incrédule face au changement d’échelle de son combat, il préfère parler avant de se battre. Chaque mot est pesé et ses discussions avec les trois autres héros font avancer chacun dans la bonne direction. En témoigne l’excellent dialogue avec Iron Fist dans l’épisode 6. Mais c’est Jessica Jones qui s’en sort le mieux. Dépassée par les événements, elle est pourtant la seule à afficher sa volonté farouche de se battre jusqu’au bout. Son humour sarcastique fait toujours mouche et aère un peu la série.

3. C’est quoi ces méchants ?!

Daredevil avait son Kingpin, Jessica Jones son Kilgrave, Luke Cage son Cottonmouth, etc. The Defenders avait donc une réputation à tenir en matière de vilain, et opter pour Sigourney Weaver ressemblait à une bonne idée. Sauf que la dirigeante de La Main ne fait que parler ! Alexandra est une vieille femme au bord de la mort, apparemment puissante dans le passé, mais ça on ne le verra jamais.

The Defenders 1

La principale antagoniste est tellement insignifiante qu’elle se fait tuer avant même la fin de la série, dans l’anonymat le plus total et sans que cela provoque la moindre émotion. Mais non contents de gâcher la grande méchante, les showrunners ruinent aussi Madame Gao. Effrayante face à Daredevil, étonnamment puissante contre Iron Fist, elle n’est ici qu’une vassale apeurée d’Alexandra. Quant à Elektra, n’en parlons pas : ennuyante puis extrêmement prévisible, elle se contente d’être là et de lancer des regards noirs.

4. New York est sortie du tableau

En ancrant profondément chacun de ses héros dans New York (Daredevil et Jessica Jones à Hell’s Kitchen, Luke Cage à Harlem et Iron Fist à Manhattan), Marvel avait réussi à leur donner du caractère. Daredevil et consort sont les défenseurs de leur ville, d’où le titre The Defenders. Dans leurs séries solo, leur enracinement dans la Grande Pomme transpirait dans chacune de leurs actions.

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Curieux donc que ce lien si puissant ne transparaisse pas lorsque la menace de voir New York détruite se concrétise enfin. Trop occupés à se lamenter sur leurs problèmes personnels, les héros placent la ville en retrait de leurs préoccupations. Résultat, ils semblent évoluer dans une cité générique. Quand, finalement, les showrunners remettent New York sur le tapis, c’est avec une lourdeur déprimante, à grand coups de : « C’est ma ville, je dois la protéger ». Il y avait beaucoup mieux à faire.

5. Des combats ennuyants

Le problème quand vous copiez une recette, c’est que la comparaison avec l’originale est inévitable. En tentant de répliquer la séquence du combat en plan séquence de la saison 1 de DaredevilThe Defenders échoue lamentablement. La baston commune de l’épisode 3 manque de rythme au point de décrocher un bâillement. Le problème c’est qu’il n’y a guère mieux par la suite.

The Defenders 2

Daredevil tient la baraque mais les autres… Luke Cage y va sans conviction, Iron Fist est toujours aussi mou, quant à Jessica Jones, a-t-elle au moins des pouvoirs ? Alors qu’elle peut retenir une voiture d’une main, il lui faut 10 minutes pour mettre un ennemi banal à terre. Même l’affrontement final entre les quatre héros et les sbires de La Main déçoit tant il est bordélique et mal chorégraphié. Et puis où sont les ninjas ?!


Conclusion : sans le vouloir, The Defenders jette l’ombre d’un doute sur la qualité des précédentes séries Marvel/Netflix. Étaient-elles si bien que ça ? Je continue à le croire (sauf pour Iron Fist) mais il y a de quoi s’inquiéter pour la suite. Plate, mal rythmée, sans enjeux, la réunion des quatre défenseurs de New York est un sacré accroc dans le plan de la Maison des idées. La pression est lourde sur épaules du Punisher (13 octobre)…